Né le 19 février 1926, le compositeur hongrois György Kurtag, figure majeure et farouchement discrète de la musique contemporaine, fête ses 100 ans ce jeudi. Pour l’occasion, le doyen des compositeurs offrira au public son deuxième opéra, qui sera créé à la fin de la semaine à Budapest.
Celui qui confiait dans une rare interview à un hebdomadaire hongrois en 2017 que le travail de composition pouvait s’avérer « pénible » se déplace désormais en fauteuil roulant. Mais il n’a rien perdu de sa vivacité d’esprit ni de sa passion pour la musique, selon son entourage. « Il n’entend plus très bien. Mais en contrepartie, il ressent encore davantage, il perçoit encore plus le monde et la musique », s’émerveille Andras Keller, chef d’orchestre et directeur de Concerto Budapest, lors d’une répétition début février du nouvel opéra en un acte de György Kurtag, Die Stechardin.
Cette nouvelle œuvre, le deuxième opéra du compositeur hongrois, conte l’histoire d’amour entre une marchande de fleurs, Maria Dorothea Stechard, et le philosophe et physicien allemand Georg Christoph Lichtenberg au XVIIIe siècle. En quelque sorte un message à Marta, l’épouse de György Kurtag, pianiste et interprète clé de son oeuvre, décédée en 2019. Pour rendre hommage au centenaire, qui a un fils également compositeur, György Kurtag Jr., Budapest accueille une série de célébrations – concerts, projection de documentaires, création audiovisuelle – qui entendent dessiner le portrait d’un artiste dont l’œuvre exigeante a marqué la musique européenne des dernières décennies.
Les pianistes Andras Schiff et Zoltan Kocsis furent ses élèves
Né le 19 février 1926 à Lugoj en Roumanie mais d’origine magyare, György Kurtag a commencé à apprendre le piano enfant, et étudié à Timisoara, avant de rejoindre Budapest après la guerre, où il est admis à l’Académie Franz-Liszt (Zeneakadémia) en 1946. Il y suit des cours de piano – notamment avec Pal Kadosa -, de composition – avec Sandor Veress et Ferenc Farkas- et de musique de chambre – avec Leo Weiner. Diplômé en piano et musique de chambre en 1951, puis en composition, il reçoit rapidement des distinctions nationales, avant un séjour déterminant à Paris en 1957-1958, où il travaille avec Marianne Stein et fréquente les classes de Darius Milhaud et Olivier Messiaen.
A lire aussi
De retour en Hongrie, il est répétiteur de la Société philharmonique de Budapest à partir de 1960, puis enseigne à la Zeneakadémia le piano et la musique de chambre. Parmi ses élèves figurent plusieurs interprètes devenus incontournables, dont Andras Schiff et Zoltan Kocsis. Héritier d’un autre célèbre compositeur hongrois, Béla Bartók, proche par certains aspects de l’austérité et de la tension de l’Autrichien Anton Webern. Installé près de Bordeaux, en France, à partir de 1993, il était retourné en Hongrie en 2015.
« Nombre de ses pièces ne saisissent que quelques minutes, voire moins, d’un fragment d’éternité»
György Kurtag s’est illustré par ses compositions de forme brève et fragmentée, et son goût pour les mélodies populaires. Il a fait de la miniature un territoire majeur, notamment avec la série Jatekok (Jeux) pour piano, à la fois laboratoire, carnet intime et matériau pédagogique. Son univers est aussi profondément littéraire: il met en musique poètes et écrivains (Janos Pilinszky, Jozsef Attila, Franz Kafka, Samuel Beckett…), et devient célèbre à l’international avec des œuvres vocales et chambristes, dont Les Messages de feu la demoiselle R. V. Troussova, créés en 1981.
Pour Gergely Fazeakas, historien de la musique, « la musique de György Kurtag rayonne d’intensité, même dans ses moments les plus silencieux et raffinés (…) Il est souvent qualifié de maître des formes miniatures. Il est vrai que nombre de ses pièces ne saisissent que quelques minutes, voire moins, d’un fragment d’éternité ».
Le nouvel opéra de György Kurtag, Die Stechardin, sera joué par le Concerto Budapest ce vendredi en première mondiale dans la capitale hongroise dans la salle Béla Bartók.
Philippe Gault (avec AFP)
Retrouvez l’actualité du Classique