« A Plague Tale : Requiem » : Les instruments du Moyen-Âge au service du jeu vidéo !

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Le jeu vidéo A Plague Tale : Requiem du studio français Asobo est sorti ce 18 octobre, suite d’un premier épisode à succès. C’est l’histoire d’un frère et une soeur dans une France médiévale rongée par la peste. Radio Classique a pu rencontrer le créateur de la bande-son de la saga : le compositeur Olivier Derivière.

Olivier Derivière est l’un des compositeurs les plus importants de musique de jeu vidéo en France

A Plague Tale : Requiem est la suite d’un premier épisode qui a rencontré le succès critique et commercial. Cet opus raconte les aventures d’un frère et d’une sœur dans une France médiévale ravagée par la peste. Olivier Derivière est l’un des noms les plus importants de la musique de jeu vidéo en France aujourd’hui. A 43 ans, il a une vingtaine de titres à son catalogue pour autant d’années de carrière. Formé à la musique classique au conservatoire de Nice et au Berklee College of Music à Boston, aux Etats-Unis, ce fana de jeux vidéos a rapidement bifurqué vers sa passion. Parmi les principaux jeux pour lesquels il signe la bande-son, on retrouve le quatrième volet de la très célèbre saga Assassin’s Creed ou Remember Me dans lequel il utilise l’une de ses marques de fabriques : la « musique adaptative », c’est-à-dire une musique qui réagit en fonction des actions du joueur ou des situations rencontrées.

 

Quand on lui a demandé d’écrire la musique pour un jeu qui se déroule au XIVème siècle, le compositeur s’est d’abord tourné vers l’évidence : « j’ai voulu faire quelque chose de folklorique, en utilisant les techniques médiévales comme le mode dorien ». Cela s’est finalement révélé une mauvaise intuition. « Le directeur créatif m’a indiqué que ce n’est pas ce qu’il recherchait : il voulait quelque chose de viscéral. J’ai alors compris que nous allions utiliser des instruments anciens de façon moderne, pour exprimer le contraste entre l’intériorité des personnages et ce qu’ils vivent », raconte-t-il. Au-delà de l’ambiance du jeu, la musique sert donc à qualifier le danger, l’état d’esprit des personnages ainsi que l’évolution de leurs relations. Parmi les instruments que l’on retrouve dans cette bande sonore, il y a la viole de gambe, le luth, la guitare médiévale ou le nyckelharpa, sorte de violon ou de vielle à clavier. Olivier Derivière y a ajouté des nappes de synthétiseurs, qui ajoutent de la chaleur à ces sonorités.

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L’importance de travailler avec des vrais musiciens plutôt que des ordinateurs

Les compositeurs de musique de jeu vidéo ont à leur disposition des banques de sons qui permettent d’avoir n’importe quel instrument à disposition et de faire jouer un orchestre virtuel depuis leur studio. Cette solution permet de limiter les coûts et de retoucher un morceau à n’importe quel moment du processus de création. Ce n’est pas la solution retenue par Olivier Derivière, très attaché au travail avec des instrumentistes bien vivants. « J’essaye de faire exister cette sensibilité à la musique « réelle » dans le jeu vidéo. Je veux partager avec le joueur la meilleure qualité d’interprétation que je puisse trouver et je suis toujours ravi quand des musiciens acceptent de travailler avec moi », partage-t-il.

 

 

Pour ce deuxième épisode d’A Plague Tale, le compositeur a pu collaborer avec le Chœur de chambre philharmonique estonien, connu pour son travail avec Arvo Pärt. L’influence du compositeur estonien est d’ailleurs palpable – « Il a réussi le lien entre tradition et modernité » – mais Olivier Derivière s’en est détachée pour son travail avec le chœur : « Dans A Plague Tale: Requiem, le texte des chants est en français, avec une dimension plus intime et métaphysique que religieuse comme le fait Arvo Pärt ».

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L’Intercontemporain de Paris et son violoncelliste, indissociable de l’identité du jeu

En plus du Chœur de chambre philharmonique estonien, Olivier Derivière a travaillé avec l’Ensemble Intercontemporain et notamment avec son violoncelliste Eric-Maria Couturier. Il estime que son jeu n’est « pas timide », comme on peut le voir sur cette vidéo d’une session de travail. « Pourquoi a-t-on besoin de musiciens ? Parce qu’aucune banque de sons ne pourra exécuter une telle performance ! C’est la magie d’Eric-Maria Couturier, qui exploite le violoncelle comme je ne l’ai jamais entendu auparavant! »

Le son du violoncelle est ici utilisé comme expression de l’intériorité des personnages. A la manière d’une voix humaine, il peut évoquer la colère qui monte à travers la répétition d’un motif ou l’apaisement par des notes plus sereines. « Les autres instruments sont là pour le « dehors » : la beauté d’un paysage, d’une personne, … Et c’est le contraste avec le violoncelle qui créé l’identité du jeu. L’instrument fait vraiment partie de son ADN ». En conclusion, le compositeur rappelle que le jeu vidéo est un moyen d’expression artistique encore méconnu du grand public : « Beaucoup de gens pensent encore qu’il s’agit de jouets. Ce n’est ni un jouet ni une forme de sport : comme pour le cinéma, il y a une part de divertissement mais aussi des auteurs et des créateurs qui vont exprimer des choses propres à la condition humaine ».

Augustin Lefebvre

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