Un opéra oublié qui bouscule la notion de genre : Agnès Jaoui met en scène L’Uomo Femina à Dijon

THIERRY LE FOUILLE/SIPA/SIPA

L’actrice et réalisatrice Agnès Jaoui recrée à Dijon, du 7 au 9 novembre, un opéra oublié du 18e siècle qui bouscule la notion de sexe « faible ». L’œuvre de Baldassare Galuppi évoque un monde où la femme domine, où l’homme reprise des chaussettes et craint d’être délaissé si sa coiffure ne plaît plus.

L’Uomo Femina, la nouvelle production de l’Opéra de Dijon (du 7 au 9 novembre) avec le Théâtre de Caen (15 et 16 novembre) et l’Opéra royal du Château de Versailles (13 au 15 décembre) est une fable baroque du compositeur italien Baldassare Galuppi, créée à Venise en 1762, qui s’était perdue avant d’être retrouvée en 2006.

« Ça résonne aujourd’hui de façon complètement incroyable » résume Agnès Jaoui qui signe sa deuxième mise en scène d’opéra, après Tosca de Giacomo Puccini en 2019 dans le cadre de l’opération Opéra en plein air. Dans ce XVIIIe siècle vénitien « assez rock’n’roll » selon Agnès Jaoui, l’œuvre est un bijou satirique dépeignant une gynocratie absolue (régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par des femmes) les hommes sont le sexe faible. À eux, les travaux de couture. À eux, l’angoisse d’être abandonnés. À eux d’être collectionnés en trophées.

Agnès Jaoui mettra en scène Don Giovanni à Toulouse en 2026

« Tout de suite, le thème m’a plu » confie Agnès Jaoui qui a déjà dit être adepte d’un « féminisme ouvert aux hommes ». Star du cinéma et du théâtre, l’actrice, scénariste et réalisatrice plusieurs fois césarisée, est également passionnée d’art lyrique. « Quand j’étais petite, mon père adorait l’opéra. Un jour, j’ai beuglé sur un air de Maria Callas et on a jugé que ça valait la peine de m’inscrire au conservatoire (d’Enghien, ndlr) ». raconte-t-elle, se souvenant avoir même « envisagé une carrière dans l’opéra ».

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« Mais je me sentais illettrée. Je n’avais même pas fait de solfège ». Théâtre et cinéma resteront donc ses formes d’art, mais « sans jamais cesser de chanter ». Soprano à la voix reconnue par un Victoire de la musique en 2007, elle vient de sortir son quatrième album studio et se produit régulièrement avec l’ensemble Canto Allegre, versé notamment dans le chant baroque.

 

Avec L’Uomo Femina, une oeuvre largement inconnue, Agnès Jaoui s’attaque à plus ardu que le très réputé Tosca, son premier opéra, ou Don Giovanni de Mozart, qu’elle montera à Toulouse en 2026 avec des décors conçus par Éric Ruf. « Avec Tosca et Don Juan, le principal c’est la musique. C’est gagné quoi qu’il arrive. Dans l’Uomo Femina, le public ne connaît pas, donc il n’y a plus d’aide » précise Agnès Jaoui.

Agnès Jaoui sera l’invitée de Laure Mézan sur Radio Classique ce jeudi à 20h dans Le Journal du Classique

Philippe Gault (avec AFP)

 

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