La Flûte enchantée revisitée par Cédric Klapisch : « J’ai voulu rendre l’opéra accessible »

MPP/SIPA

Cédric Klapisch signe sa première mise en scène d’opéra avec l’ultime chef-d’œuvre de Mozart, La Flûte enchantée. Après une longue carrière de cinéaste riche d’une vingtaine de films et de documentaires, il signe une nouvelle production au Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 24 novembre. Le réalisateur était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi.

Lorsque le directeur du Théâtre des Champs-Elysées Michel Franck a proposé à Cédric Klapisch de réaliser la mise en scène de La Flûte enchantée de Mozart, il a « juste pensé [qu’il] ne pouvait pas dire non ».

Le dernier opéra écrit par le célèbre compositeur autrichien peu de temps avant sa mort met en scène l’opposition intrinsèque entre deux personnages : la Reine de la Nuit, qui « représente la nature dans ce qu’elle a de sauvage et d’effrayant », et Sarastro, qui « représente la civilisation dans ce qu’elle peut avoir d’apaisant, d’harmonieux et de sagesse ».

C’est sur cet antagonisme que Cédric Klapisch a voulu se concentrer dès le départ, tout en actualisant un discours qui, selon lui, « est très contemporain sur l’affrontement entre la civilisation et la nature ».

L’opéra aborde des « questions absolument contemporaines »

Selon le metteur en scène de La Flûte enchantée, la possibilité de moderniser l’œuvre et de la rendre accessible au plus grand nombre témoigne des « résonnances très fortes » de l’opéra avec le monde d’aujourd’hui.

Le rapport à la nature, le combat de l’écologie, la question de l’opposition entre progrès et respect de l’environnement… ce sont pour Cédric Klapisch des « questions absolument contemporaines ».

Au-delà de ces thèmes d’actualité, l’histoire de l’œuvre de Mozart se concentre sur l’apprentissage de l’amour par deux jeunes individus. Le réalisateur a fait dans le passé plusieurs déclarations d’amour à la jeunesse et à l’Europe, notamment à travers son film L’Auberge espagnole. Il déclare aimer « filmer la jeunesse » qui « remet en question le monde des vieux ». Cédric Klapisch l’assume : « j’aime le fait que des gens soient tout le temps en train d’essayer de poser des questions ».

Des décors modifiés et des parties réécrites

La modernisation entreprise par le réalisateur va jusqu’à injecter des éléments totalement anachroniques à la période à laquelle l’opéra a été écrit. Les temples mis en scène deviennent des « temples de la communication et de l’informatique », à l’image de l’Apple Store, délibérément placé pour créer un effet comique.

Les décors ne sont pas les seuls à avoir été modifiés : certaines parties parlées ont été réécrites; l’on pourra ainsi entendre à plusieurs reprises « t’as kiffé ! », « tu me fais la gueule », ou encore « cette injonction est tellement genrée ».

« Le livret est comique », explique Cédric Klapisch : « J’a vu beaucoup de mises en scène de La Flûte enchantée un peu poussiéreuses et ennuyeuses. Là, j’ai voulu que ce soit accessible » assume le réalisateur.

« Un grand décalage entre la qualité musicale et la qualité narrative »

Rendre une telle œuvre accessible tout en respectant sa complexité originelle n’est pas chose facile : « Il y a un grand décalage entre la qualité musicale et la qualité narrative, c’est-à-dire que l’histoire est très complexe et la musique est absolument épurée, magnifique. »

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La difficulté se ressent d’autant plus dans la direction des chanteurs et des danseurs selon Cédric Klapisch. Ces derniers « ont une compétence et une technique phénoménales ». Contrairement à un acteur, un chanteur et un danseur « ne peuvent pas improviser ».

Paul Cassedanne

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