Artisan de tubes planétaires de Frank Sinatra à Michael Jackson, le producteur américain Quincy Jones, décédé à l’âge de 91 ans entouré de ses proches chez lui à Los Angeles, a marqué son époque en s’imposant comme un compositeur de « génie« , à la carrière multirécompensée. Également arrangeur et trompettiste de jazz, Il fut l’élève de Nadia Boulanger à la fin des années 50.
Il a jammé avec Ray Charles, dirigé Frank Sinatra, produit Michael Jackson et lancé Will Smith: Quincy Jones était une légende de la musique américaine. “Merci de laisser votre ego à la porte !“. L’aura de Q, son surnom, était telle qu’il pouvait se permettre d’accueillir par ses mots Bob Dylan, Tina Turner ou Stevie Wonder.
Né dans les bas-fonds de Chicago, le 14 mars 1933, Quincy Jones est très jeune quand sa mère, schizophrène, est internée dans un asile psychiatrique. Son père, charpentier, obtient le divorce et déménage à Seattle, où il fonde une nouvelle famille. Le jeune Quincy s’imagine un destin de gangster quand, à 11 ans, il touche pour la première fois un piano. « J’ai joué une seule note et cela a changé ma vie ». Il se met au trombone, à la trompette et commence à écumer les boîtes locales. A 14 ans, il y rencontre Ray Charles, de 2 ans son aîné.
Quincy Jones a rencontré Igor Stravinsky et Olivier Messiaen à Paris
Alors que le mouvement des droits civiques bat son plein en Amérique, Quincy Jones s’installe à Paris en 1957 où il devient un des élèves de Nadia Boulanger. En France, le jazzman, qui a déjà joué avec Dizzy Gillespie, Duke Ellington et Count Basie, rencontre Igor Stravinsky et Olivier Messiaen et travaille notamment avec Henri Salvador, Jacques Brel, Charles Aznavour. « Dans les années 50, Paris était une ville fantastique pour les musiciens noirs américains. Ici, contrairement aux Etats-Unis, nous trouvions de la tolérance et de la curiosité pour notre travail » confiait-il.
Revenu dans son pays natal, il devient en 1961 le premier Afro-américain à accéder à un poste de direction dans l’industrie du disque, en prenant la vice-présidence du label Mercury Records. Trois ans plus tard, il compose la musique du film Le Prêteur sur gages de Sidney Lumet, là aussi une première pour un artiste noir. Il en signera une trentaine d’autres. Parallèlement, il poursuit son travail d’arrangeur et de chef d’orchestre, notamment au côté de Frank Sinatra, dont il devient le collaborateur attitré.
28 Grammy Awards mais pas d’Oscar
En 1978, Quincy Jones fait une rencontre cruciale: Michael Jackson, qui cherche à s’émanciper de l’univers Motown. Quincy Jones entre définitivement dans la légende en produisant ses trois meilleurs albums : Off the wall (1979), Bad (1987) et surtout Thriller (1982), l’album le plus vendu de toute l’histoire, à plus de 100 millions d’exemplaires.
Le trompettiste n’en oublie pas pour autant ses racines. En 1991, il convainc Miles Davis de revisiter ses classiques pour un concert historique au festival de jazz de Montreux (Suisse), dont il assure alors la direction artistique. Quincy Jones, qui a participé à plus de 400 disques, a reçu 28 Grammy Awards de son vivant. Mais nommé 7 fois aux Oscars pour son travail, il n’a jamais reçu de statuette
Quincy Jones se vantait d’avoir subi un traitement pour vivre jusqu’à 110 ans
Touche-à-tout, Quincy Jones a aussi produit des films (La couleur pourpre de Spielberg, 1985), des séries (Le Prince Bel-Air, qui a lancé Will Smith en 1991), créé Vibe, un magazine de référence des cultures urbaines et participé à Qwest TV, sorte de Netflix du jazz.
Marié à trois reprises, il a eu sept enfants. En 2018, il se vantait dans le magazine GQ d’avoir 22 compagnes à travers le monde, de parler 26 langues et d’avoir suivi un traitement pour vivre jusqu’à 110 ans.
Philippe Gault (avec AFP)
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