Le Verbier Festival, un dialogue entre musique, écriture et peinture

Pour cette deuxième semaine du Journal du Classique depuis le Verbier Festival, nous vous proposons de rencontrer deux artistes présents pour le concert de gala des 30 ans de la manifestation : la peintre Sandra Albukrek et l’écrivain Antoine Jaccoud.

Le Verbier Festival leur a passé commande d’une version revisitée du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Raconté par trois des marraines du Festival, Isabelle Huppert, Barbara Hendricks et Marthe Keller, ce texte met en scène la faune présente dans le Valais : le roi des animaux, le lion, devient une reine des alpages, la reine des reines d’hérens, les poules et coqs sont transformés en une volée de chocards et le cygne chute de son piédestal romantique.

Comme dans la musique de Saint-Saëns, le texte drôle et sensible d’Antoine Jaccoud est truffé de références et de détournements. Il faut dire qu’il est très familier de ces jeux de miroir entre humains et animaux (ou pour être plus précis : entre les animaux humains et les animaux non humains) : « On l’oublie trop souvent. Si nous regardons les bêtes, les bêtes nous regardent aussi. Et tout comme nous, elles regardent le monde. » 

Antoine Jaccoud, un écrivain-musicien

Également présenté au Verbier Festival par Marthe Keller et Arthur Nauzyciel, son texte Juste avant fait dialoguer une vache laitière et un taureau juste avant leur entrée à l’abattoir. Un dialogue décapant et jubilatoire, à l’humour grinçant, sur la condition animale, les exigences de rentabilité et l’instrumentalisation de la vie.

Antoine Jaccoud nous dira quelle place a la musique dans son travail d’écriture, elle qui est si présente dans son texte : « C’est votre musique, elle me rend mou et sensible, et fragile, et vulnérable. Je ne suis plus qu’un taureau mou qui pleure, Madame Marthe. » 

Sandra Albukrek nous fera part de la manière dont elle s’est inspirée de la nature et des instruments pour ses 200 aquarelles

Artiste aux multiples talents (elle pratique aussi bien la peinture, la sculpture et la scénographie que l’art-thérapie), Sandra Albukrek nous racontera le long processus créatif − de plus de 8 mois – pour imaginer et dessiner ces 200 aquarelles, poétiques et colorées, du Carnaval des animaux valaisans. Sandra Albukrek pratique elle aussi l’art du détournement dans son bestiaire qui s’inspire des formes de la nature pour mieux y insérer des instruments de musique – la volute d’un violoncelle ou le corps d’un hautbois.

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Elle nous expliquera comment elle a procédé pour animer ces images fixes avant de les projeter sur l’écran de 16 mètres de la grande salle des Combins, et comment son travail pictural a été conçu pour s’adapter en direct à la musique jouée sur scène par Lucas Debargue, Alexandre Kantorow, Daniel Hope, Renaud et Gautier Capuçon, Martin Fröst et le Verbier Festival Chamber Orchestra. Une grande fête de la musique et de la nature pour ce grand concert de gala ! 

Pauline Lambert 

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