Avant de parvenir à se produire dans un festival prestigieux, les jeunes musiciens, même les plus talentueux, doivent passer par des années de précarité. Derrière les belles robes de soirée et les costumes trois pièces impeccables, les jeunes artistes ont parfois du mal à joindre les deux bouts, même dans le monde lyrique. Allons à la rencontre de jeunes talents qui achèvent leur formation à l’Académie Jaroussky à Paris.
Quelques heures avant le concert de clôture, les jeunes talents de l’Académie Jaroussky ont le trac. Il est temps de se jeter dans le grand bain pour la soprano Judith Ankoué : « C’est la fin. Cela fait un peu peur et en même temps, je pense qu’on est tous tristes parce que c’est passé très vite. »
Tous s’apprêtent à partir sur les routes de France, d’Allemagne ou d’Angleterre. Mais, pour décrocher ces représentations, il a fallu multiplier les candidatures. « Cette année, j’ai fait une cinquantaine d’auditions. J’en ai deux qui ont marché » se plaint le baryton de 31 ans Benoît Déchelotte, basé à Londres. Et d’ajouter : « Je suis abonné à l’Eurostar. Très en avance c’est 100 euros aller-retour, à la dernière minute, pas loin de 400 euros. Depuis janvier, je suis à 5 000 euros de transport pour les concours et les auditions. »
Le transport et l’hébergement requièrent toute une organisation. Heureusement, précise le baryton : « L’avantage de la musique, c’est que l’on tisse des liens partout. Donc c’est rare que je ne connaisse personne là où je vais. On a des amis, on s’héberge les uns les autres. » En sus, pas question de tomber malade. Le métier de musicien implique d’avoir une discipline de sportif.
Un métier en dents de scie qui accentue la précarité des jeunes musiciens
L’été c’est le pic d’activité pour ces jeunes artistes avant le calme plat. La pire période, selon la soprano Clara Barbier-Serrano : « J’ai extrêmement peur des périodes de creux où je devrais enfin me reposer et travailler en avance pour préparer les prochains concerts. Cela peut me déprimer. »
Quand on habite à Londres ou Paris, il faut aussi réussir à payer les factures. « Il y a toujours cette angoisse. Le fait de vraiment être en difficulté financière ne laisse pas la liberté mentale dont on a besoin. »
Objectif pour nombre de ces jeunes artistes : obtenir le statut d’intermittent. Un vrai casse-tête administratif pour le violoncelliste Léo Ispir : « Je le serai en octobre si j’ai réussi à faire toutes les démarches. Il faut être très organisé et ce n’est pas ma plus grande qualité. »
Entre réseautage et bourses d’études : le casse-tête des jeunes musiciens
Autre activité chronophage : le réseautage. « C’est un élément qui fait partie intégrante du métier de musicien. Le plus important pour moi est de rester intègre et de ne pas me changer pour plaire », poursuit le violoncelliste.
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Heureusement restent les bourses se réjouit le pianiste Gabriel Durliat : « On ne traverse pas la période la plus sereine qui soit pour notre métier. C’est une période de crise et il y a des difficultés de subvention. On a la chance d’avoir encore des institutions qui sont là pour nous soutenir. » Et le jeune prodige de saluer ceux qui lui ont mis le pied à l’étrier, ses professeurs au Conservatoire et à l’Académie Jaroussky.
Laurie-Anne Toulemont
Écoutez le reportage de Laurie-Anne Toulemont :