A quoi sert la musique pour un film ? Où va-t-elle nous emmener ? Des questions auxquelles l’immense compositeur Alexandre Desplat sait à chaque fois répondre avec talent. Invité de la matinale de David Abiker, le musicien, également chef d’orchestre, est revenu ce lundi sur les clés qui définissent son travail, et a réagi aux appels au boycott de musiciens russes ou israéliens.
Alexandre Desplat a franchi le pas en janvier dernier. Il est passé de son studio, entouré par une poignée de personnes, à la Philharmonie de Paris et ses 2400 spectateurs, en dirigeant l’Orchestre de Paris pour des concerts intitulés « Paris – Hollywood ». L’album vient de sortir, dans lequel on retrouve les arrangements de ses musiques de film les plus célèbres, de Harry Potter et les Reliques de la mort à The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, en passant par The Tree of life du cinéaste Terence Malick. Le concert sera aussi diffusé le 28 septembre à 17h dans une centaine de salles de cinéma.
« La création viendra toujours en premier, mais cette chance de pouvoir être dans une salle magnifique comme la Philharmonie de Paris, avec des orchestres sublimes comme l’Orchestre de Paris ou d’autres, c’est un cadeau qui m’est fait » souligne Alexandre Desplat.
Alexandre Desplat voit la musique de film comme « un art collectif »
Le compositeur, qui a créé l’identité musicale de Radio Classique, s’interroge toujours sur l’utilité de la musique pour un long-métrage. « Je respecte toujours l’image, et il m’arrive souvent de dire à un metteur en scène qui m’a sollicité, que son film se tient tout seul, et qu’il n’a pas besoin de musique ». « Et il vous écoute ? » s’étonne David Abiker. « Non », sourit Alexandre Desplat, « il ne se laisse pas convaincre ».
C’est dire son importance dans le paysage cinématographique actuel. Il tient toutefois à ne pas oublier l’usage de la musique tel qu’il existait lors de la Nouvelle Vague. « Ces réalisateurs ont utilisé la musique comme une rivière parallèle qui longe la dramaturgie du film. Il est important de s’en rappeler et voir comment s’insérer dans le film », explique Alexandre Desplat qui ajoute : « plus j’avance en compositions, plus je me sens comme un acteur qui joue avec les acteurs sur l’écran. Je me mêle à eux, j’entends et j’accompagne les émotions, puis je les transmets au public ». Il voit la musique de film « comme un art collectif dans lequel le compositeur doit s’intégrer ».
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Alors qu’il travaille majoritairement aux Etats-Unis, il assure que la tentative de contrôle de Donald Trump sur la culture n’affecte pas son travail, grâce à la « confiance et l’amitié » que lui témoignent les plus grands cinéastes. S’agissant des appels au boycott de musiciens qui se multiplient depuis quelques années, qu’ils soient liés à la guerre en Ukraine ou au conflit au Proche-Orient, Alexandre Desplat lâche dans un souffle : « je comprends, mais j’ai du mal à accepter qu’on empêche un artiste de s’exprimer ».
Béatrice Mouedine
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