Une étude génétique révolutionnaire publiée dans la revue Nature vient de réécrire l’histoire de la chute de l’Empire romain.
L’histoire fait des progrès grâce aux technologies. Cette étude n’utilise ni textes anciens, ni fouilles archéologiques classiques, mais de l’ADN extrait de squelettes — plus de 200 individus enterrés dans des cimetières de Bavière entre 450 et 700 après Jésus-Christ.
Les chercheurs de l’Université de Mayence ont séquencé leur génome et reconstitué des arbres généalogiques complets. Leur conclusion bouscule le récit que nous avons appris : les Barbares n’auraient pas déferlé sur Rome comme une vague de conquérants. Il n’y aurait pas eu d’invasion massive, ni de grand remplacement brutal de population.
Des familles d’origine nordique établies en territoire romain depuis quatre ou cinq générations
Ce que cet ADN révèle, c’est quelque chose de plus subtil, de plus progressif : des familles d’origine nordique vivaient sur le territoire romain depuis quatre ou cinq générations au moment de la chute de l’Empire, et se considéraient probablement elles-mêmes comme des familles romaines.
L’étude montre qu’après 470, quelque chose de fascinant s’est produit. Des individus aux ascendances nordiques et des individus aux ascendances méditerranéennes ont commencé à se marier entre eux. Ce brassage génétique est précisément à l’origine de la diversité génétique de l’Europe moderne.
L’Empire romain était politiquement fragile
En d’autres termes, nous serions les enfants non pas d’une rupture violente, mais d’une lente fusion. Cette étude permet d’enterrer les images romantiques de grands peuples traversant l’Europe, détruisant Rome et remplaçant violemment les Romains.
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Cela nous dit que l’identité européenne s’est construite dans un moment de grande fragilité politique. Lorsque l’État s’est effondré, lorsque les institutions ont disparu, les hommes et les femmes ne se sont pas tous affrontés — ou en tout cas, bien moins qu’on ne le pensait. Ils s’étaient déjà commencé à se mélanger avant. Si l’on voulait céder aux bons sentiments, on dirait qu’ils ont fait l’amour tout autant que la guerre — et c’est ce que la génétique nous révèle aujourd’hui.
Nicolas Bouzou
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