On sait aujourd’hui que Beethoven composait avec une tige de bois entre les dents, un système d’écoute qui lui permettait de continuer de travailler malgré la perte progressive de son audition. Une entreprise, Sounduct, a lancé une technologie qui s’inspire justement de la conduction osseuse. Olivier Gauthier, son cofondateur, était l’invité ce jeudi de Comment j’ai réussi, sur Radio Classique.
Sounduct est une technologie que vous avez lancée pour prendre en charge la surdité, en utilisant la conduction osseuse. Comment ça fonctionne ?
OLIVIER GAUTHIER. : La conduction osseuse, c’est une propriété physiologique naturelle du corps humain qui permet d’entendre par l’intermédiaire de vibrations atteignant directement l’oreille interne du patient. Ces vibrations passent dans l’os et c’est ainsi qu’on les perçoit. La composition fibreuse des os, leur densité et leur localisation autour de la cochlée (un organe de l’oreille interne en forme de spirale NDR) permettent naturellement de véhiculer ces vibrations directement jusqu’à l’ouïe interne.
Et elle complète donc l’audition aérienne ?
O.G. : Elle peut effectivement compléter la conduction aérienne — qui est la façon naturelle d’entendre, les vibrations sonores classiques étant transmises dans l’air — mais la conduction osseuse peut aussi être un substitut pour les patients qui ne peuvent pas entendre, ou mal entendre, par voie aérienne.
Beethoven, alors qu’il était sourd, a pu continuer à composer avec un procédé de conduction osseuse
Cette technologie est déjà utilisée depuis plusieurs années, au moins pour un usage récréatif. C’est une propriété découverte récemment ?
O.G. : Pas du tout, c’est tout le paradoxe. La conduction osseuse a été documentée par un scientifique italien il y a plusieurs siècles. Et même — sur Radio Classique, vous en avez certainement entendu parler — Beethoven, sur la fin de sa vie, alors qu’il était sourd, a pu continuer à composer grâce à un procédé archaïque de conduction osseuse.
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Et comment faisait-il ?
O.G. : Il y a plusieurs hypothèses, mais la plus répandue : il prenait une corde de son piano, enroulée autour d’un morceau de bois qu’il mettait entre ses dents. Les vibrations remontaient via cette corde, passaient dans sa mâchoire pour atteindre l’oreille interne. Grâce à son génie et à sa mémoire auditive, cela lui permettait d’entendre suffisamment pour continuer à composer.
Ces dernières années, la conduction osseuse s’est développée pour le grand public. Le fait que le son passe par les os, est-ce que ça peut les abîmer ?
O.G. : Les os en tant que tels, non. Ce qui a été documenté, c’est que certains dispositifs nécessitent une pression autour du crâne pour fonctionner, ce qui peut effectivement creuser les os sur le long terme. Ce n’est absolument pas notre cas, nous n’avons pas besoin de pression.
6 millions de personnes en France disent avoir une perte d’audition handicapante
Votre dispositif, ce sont deux écouteurs que l’on pose sur l’oreille. À quoi ça ressemble ?
O.G. : Ce sont des écouteurs que l’on positionne derrière l’oreille, un peu comme des aides auditives classiques. De là partent deux pods que vous placez devant le conduit auditif et derrière le pavillon de l’oreille, ce qui permet une double conduction osseuse. Nous ne sommes pas seulement sur une conduction osseuse classique, mais sur une double conduction qui vient complètement englober la cochlée du patient et adresser l’intégralité des cellules auditives.
Quel est le potentiel de marché ? Combien de personnes sont concernées en France ?
O.G. : En France, environ 6 millions de personnes se déclarent avoir une perte d’audition handicapante. Et à l’échelle mondiale, ce sont 430 millions de personnes ayant atteint un stade nécessitant un appareillage.
L’idée est donc d’en faire un dispositif médical. Ce qui est étonnant, c’est que vous produisez en France, mais vous n’êtes disponible pour l’instant qu’aux États-Unis. Pourquoi ?
O.G. : Nous sommes une medtech basée à Strasbourg, et nous produirons à Strasbourg. Mais notre première demande d’autorisation a été déposée aux États-Unis, car ils sont malheureusement plus pragmatiques que le législateur européen : les passerelles pour obtenir des autorisations y sont beaucoup plus rapides.
Olivier Gauthier : « Beaucoup de solutions ne sont pas accessibles pour les patients »
À chaque fois que l’on reçoit des entreprises technologiques du secteur de la santé, on entend que les Européens prennent trop de temps. C’est ce que vous ressentez également ?
O.G. : C’est même un constat généralisé. En France, 37 % des fabricants de dispositifs médicaux ont à un moment donné renoncé à la mise sur le marché d’un dispositif dans notre pays. Ce ne sont pas 37 % des dispositifs qui n’ont pas été mis à disposition des patients, mais 37 % des entreprises qui ont abandonné. C’est une perte de chance considérable pour les patients, avec de nombreuses solutions qui restent inaccessibles.
L’idée, c’est aussi d’en faire un dispositif remboursé, j’imagine. Quel est le prix de vos écouteurs ?
O.G. : Nos aides auditives seront distribuées par les audioprothésistes, qui fixeront le prix final. Ce que je peux dire, c’est que le prix pour les patients sera bien inférieur à certains types d’implants que nous serons en capacité de substituer.
Pour aller au-delà de la surdité, si votre dispositif fonctionne, pourriez-vous l’ouvrir à d’autres usages grand public, comme l’écoute de la musique ?
O.G. : C’est une excellente question. Nous avons développé une technologie désormais brevetée — le brevet est délivré en France et aux États-Unis — dont le cœur technologique peut être déployé sur d’autres segments, notamment l’audio grand public, l’audiophilie ou encore l’audio pour les professionnels du spectacle.
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