La clarification a-t-elle eu lieu à l’issue de ces législatives anticipées ? La gauche est arrivée en tête avec 174 sièges, devant Ensemble (156 sièges) et le RN (143 sièges). Le Nouveau Front Populaire prend donc la première place, mais le premier parti en termes de voix reste le Rassemblement national.
Il a été le premier à s’exprimer hier soir. Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise compte gouverner « sur la base de son programme », décrypte la politologue Chloé Morin. La volonté de LFI « n’est absolument pas de servir de béquille à Emmanuel Macron ». Le parti, qui n’a « aucun intérêt à appuyer une quelconque coalition, veut provoquer une présidentielle ».
Mais le rapport de force au sein de l’alliance du Nouveau Front Populaire n’est pas si favorable aux Insoumis puisque les socialistes font quasiment jeu égal avec LFI en termes de sièges. Le PS est donc « en capacité de tendre la main au bloc central, puisqu’il partage un certain nombre d’objectifs et de valeurs communes avec des députés macronistes, souvent issus du parti socialiste ».
LR refuse d’appuyer une coalition allant du centre à la gauche
Chloé Morin y voit une possibilité de dialogue, mais avec un bémol : les socialistes et le bloc macroniste ne réunissent pas 289 voix, la majorité absolue. « Il va donc falloir aller au-delà ». Mais le LR Laurent Wauquiez, à la tête d’une soixantaine de députés, refuse de soutenir une coalition allant du bloc central au centre gauche. Une position jugée « compréhensible » par la politologue. « L’électorat républicain voulait en majorité que le RN gagne. Donc [voir LR ] appuyer une coalition de gauche ou de centre gauche semble très compliquée ».
Mais les uns et les autres devront être mis devant leurs responsabilités, juge l’invitée de David Abiker. « Si aucune majorité n’est formée, ils seront responsable du blocage du pays ». Il seront peut-être amenés à faire des compromis et des concessions sur des points essentiels, poursuit-elle.
Le scrutin majoritaire à deux tours atteint ses limites
Sont-ils pour autant les seuls responsables de cette situation ? La politologue pointe un élément structurel : le scrutin majoritaire à deux tours. « C’est un scrutin qui vous oblige à bâtir des coalitions parfois contre nature pour être parmi les deux premiers ». Elle prend pour exemple la gauche, qui n’ayant pas le choix, « est allée très largement au-delà de divergences qui étaient pourtant très profondes ». C’était la seule configuration dans laquelle elle avait une chance d’avoir des élus.
Cette contrainte pour les électeurs à voter pour des candidats très éloignés de leurs idées entraîne beaucoup de frustration selon Chloé Morin : « On arrive au bout de ce système ». Elle plaide plutôt pour une option « plus claire, plus simple, et beaucoup moins frustrante ». Les électeurs voteraient pour la couleur politique qu’ils souhaitent, dans le cadre d’une proportionnelle avec une prime majoritaire.
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Le paradoxe de cette élection, souligne la politologue, c’est que le premier parti en termes de voix est le Rassemblement national. Elle appelle à tenir compte de la distorsion de la réalité politique par ce mode de scrutin, qui génère une sorte de découragement démocratique et d’abandon. « Les électeurs peuvent se dire ‘finalement, à quoi bon voter puisqu’on ne gagne jamais ?’ C’est assez dangereux ».
Béatrice Mouedine
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