Gouvernement : Après deux refus, le profil du prochain Premier ministre se précise

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Valérie Rabaut et Véronique Bédague auraient refusé le poste de Premier ministre. Le refus de ces deux femmes, l’une technocrates et haut-fonctionnaire, l’autre élue et membre du PS, nous permet d’analyser la stratégie d’Emmanuel Macron sur le choix du profil qu’il compte installer à Matignon.

Le chef de l’Etat veut un Premier ministre qui fasse tourner la machine gouvernementale et qui n’attire pas la lumière

Emmanuel Macron aurait proposé Matignon à Valérie Rabaut, la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée. Elle aurait refusé. Quel crédit faut-il accorder à cette hypothèse ? L’Elysée dément formellement que le chef de l’Etat a proposé le poste de Premier ministre à qui que ce soit, mais c’est Valérie Rabaut elle-même qui a confirmé avoir refusé de succéder à Jean Castex, ce qui rend quand même l’hypothèse assez crédible. Cela dit, ce n’est pas le premier nom, ni le dernier cité pour Matignon, jusqu’à ce que le secrétaire général de l’Elysée annonce officiellement l’identité du titulaire. La semaine dernière, c’est le nom de Véronique Bédague, l’ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls à Matignon qui avait été évoqué. Si ces deux hypothèses sont vraies, cela voudrait dire que Macron a essuyé deux refus. Il ne serait pas mauvais que quelqu’un finisse par lui dire oui.

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Ces refus hypothétiques ont été formulés par deux femmes peu connues du grand public. Cela semble être le profil recherché par le président. En effet, Emmanuel Macron avait dit dans sa campagne qu’il préférerait nommer une femme. Si c’est le cas, cela serait la deuxième femme à ce poste en plus de 60 ans, après Edith Cresson. Encore une fois, le fait qu’il rechercherait quelqu’un avec peu de notoriété publique, voudrait dire que le chef de l’Etat veut un Premier ministre qui fasse tourner la machine gouvernementale et qui n’attire pas la lumière pour lui-même ou qui soit un baron politique. On serait dans la continuité de Jean Castex. Ensuite, toujours si l’on s’en tient à ces deux noms, on voit qu’il y a deux options très différentes. Un profil comme Véronique Bédague, c’est le choix d’une technocrate, d’une haute fonctionnaire et d’un haut commis de l’Etat. Alors qu’un profil comme Valérie Rabaud, c’est le choix d’une politique et d’une élue puisque cette socialiste est députée du Tarn-et-Garonne, rapporteur général du budget et maintenant présidente du groupe PS à l’Assemblée.

Un ministre de droite pourrait lui permettre de résister à l’opposition dominante de gauche

L’appartenance au Parti Socialiste de Valérie Rabaud signifie-t-elle que Macron veut nommer une personnalité de gauche ? Cela signifie en tous cas qu’il a un choix politique à faire. Sous son premier quinquennat, Emmanuel Macron a choisi 2 premiers ministres venus de la droite, ce qui lui a permis de réduire l’espace électoral de cette droite. Désormais, dans cette étrange campagne, on a vu le président sortant partir à droite avant le premier tour, avec la retraite à 65 ans et les contreparties au RSA. Puis il s’est tourné carrément à gauche avant le second tour avec l’écologie, la diversité et la réforme des retraites atténuée, pour récupérer les voix qui s’étaient portées sur Jean-Luc Mélenchon. Pour Matignon, son choix politique sera un pari au moment où l’on voit la gauche se reconstituer. Soit il nomme un Premier ministre de gauche pour attirer à lui tous ceux qui ne veulent pas de cette dérive radicale derrière Jean-Luc Mélenchon. Soit à l’inverse, il prend acte qu’il aura face à lui une opposition de gauche dominante et virulente et il en déduit qu’il lui faut rassembler toute la droite derrière lui. Il y a un vrai choix tactique à faire. Verdict, sans doute la semaine prochaine.

Guillaume Tabard 

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