Ce 2 mai, la France insoumise et Europe Ecologie-Les Verts ont conclu un accord électoral en vue des prochaines législatives. En attendant les négociations avec le Parti Socialiste et le Parti communiste, cette union totale de la gauche pourrait être historique.
La gauche de gouvernement s’est vendue à une gauche extrême
L’accord en vue entre La France insoumise et les autres partis de gauche pour les législatives s’apparente par bien des aspects à un moment historique dans l’histoire de la gauche. Dans la mesure où la gauche est entrée dans la campagne présidentielle divisée, émiettée, déchirée et semblant prendre acte par avance de sa disparition annoncée. Elle aborde maintenant les législatives rassemblée comme elle ne l’a jamais été, sous la bannière de la Nouvelle Union Populaire. Le périmètre est inédit. On avait connu le PC et le PS ensemble, un accord entre le PC et les mélenchonistes et la gauche plurielle incluant les écologistes. Pourtant, on avait encore jamais vu les socialistes et la France insoumise ensemble, sans même parler de l’inclusion des amis de Philippe Poutou.
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Ce serait donc accord historique mais pour certains des signataires il deviendrait pathétique. En effet cet accord n’est pas un compromis entre toutes les sensibilités de la gauche. C’est un ralliement presque sans condition, ou en tous cas si peu, à Jean-Luc Mélenchon, à sa ligne de rupture et de radicalité absolue. Ce que l’on appelait encore la gauche de gouvernement s’est vendue à une gauche extrême qui veut abroger la loi sur le séparatisme, abroger la loi El Khomri, désobéir aux traités européens, sortir de l’OTAN, et qui dénonce la violence policière. Tout ça pour un plat de lentilles électorales du nom de circonscriptions.
Jean-Luc Mélenchon peut espérer être la force dominante de l’opposition
Cet accord peut-il alors permettre à Jean-Luc Mélenchon de devenir Premier ministre, comme il le prétend ? Ce slogan est déjà un aveu. L’aveu que tout cela est fait pour un homme. Il s’agit moins de faire gagner la gauche que de montrer que Mélenchon l’incarne à lui seul. Ensuite, sans union il n’y a pas de victoire possible. L’objet de l’accord de la nuit est bien de parvenir non pas à un parti unique ou à un futur groupe à l’Assemblée, mais à des candidatures collective dans chaque circonscription. Dans bien des cas, cela est la condition préalable pour arriver au second tour. Pourtant si cette condition est nécessaire, elle ne semble pas suffisante. Jean-Luc Mélenchon a eu l’habileté tactique de lancer et de gagner cette opération éclair sur le reste de la gauche, motivée par ses scores du 10 avril. Pourtant, pour imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, il faut réussir à être majoritaire à l’Assemblée. Or, Mélenchon ne doit pas oublier que non seulement il n’a pas gagné cette présidentielle mais qu’en plus il a buté sur la marche d’accès au second tour. Il ne peut donc pas espérer gagner mais bien être la force dominante de l’opposition.
La France insoumise a condamné la violence mais accuse le préfet de police
Il ne faut également pas isoler les heurts qui ont eu lieu en marge des rassemblements du 1er mai de la dimension politique de cette journée. En effet, il faut parler aussi de ces violences, notamment contre les forces de l’ordre et contre les pompiers. Si Jean-Luc Mélenchon a condamné la violence, il n’a pas eu un mot de soutien aux pompiers ou policiers. Il n’a pas dénoncé les casseurs mais a préféré taper sur le préfet de police qui ne les aurait pas empêchés. Certains de ses proches ont même insinué que le préfet aurait laissé faire les casseurs pour discréditer la gauche.
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Les Insoumis ne manquent décidément pas d’air. Quand la police intervient contre les violents et les casseurs, ils dénoncent un état policier, répressif et quasi fasciste. Quand ça l’arrange, ils lui reprochent de ne pas intervenir assez tôt. Il ne faut pas non plus oublier les déclarations de plusieurs Insoumis qui préviennent que si le verdict des urnes ne leur convient pas, ils contesteront le pouvoir dans la rue. Est-ce vraiment républicain ? C’est aussi cela que la gauche qui se prépare à le suivre s’apprête à cautionner.
Guillaume Tabard