Magdalena Kozena

Dans la grande lignée des cantatrices tchèques, Maria Jeritza par exemple, née comme elle à Brno (fief de Janáček, en Moravie), cette mezzo parfois tentée par des airs de soprano dispose d’une voix à la fois charnelle et irréelle, d’un rayonnement en accords avec sa beauté. Magdalena Kožená a étudié le piano et le chant dans sa ville natale, puis à l’Université des arts du spectacle de Bratislava. En 1995, après avoir déjà participé à des enregistrements (notamment une Messe de Zelenka, avec l’Ensemble Musica Florea), elle remporte le Concours international Mozart de Salzbourg. L’année suivante, elle incarne Dorabella (Così fan tutte), puis Annius (La clémence de Titus, au Volksoper de Vienne) et retrouve la formation baroque tchèque pour un florilège d’airs de Bach, premier disque qu’ Archiv consacre exclusivement à un(e) jeune artiste tchèque et « CD de l’année » en République Tchèque !

Dès lors son ascension est fulgurante : régulièrement acclamée au Printemps de Prague, Kožená est invitée par les salles de concert et les festivals les plus réputés. Elle incarne d’abord Idamante (Idoménée de Mozart) à l’Opéra des Flandres, sous la direction de Marc Minkowski, et Orphée (Gluck) pour la réouverture du Châtelet en 1999, avec Patricia Petibon en Amour et John Eliot Gardiner au pupitre. Passionnée de baroque depuis ses seize ans, à la suite d’une rencontre avec un musicologue féru de ce répertoire, elle enchaîne les opéras de Monteverdi (Le Couronnement de Poppée), Haendel (Giulio Cesare) et Rameau (Dardanus). En 2000, elle élargit son répertoire en abordant le rôle de Mélisande à l’Opéra de Leipzig. Elle revient à Pelléas et Mélisande de Debussy deux ans plus tard à l’Opéra-Comique pour la « représentation du centenaire » (de la création), toujours avec Minkowski à la baguette, et c’est un enchantement : diction parfaite et ambiguïté permanente entre timidité enfantine et timbre brûlant de séductrice. Kožená confirme d’ailleurs son affinité avec les ouvrages lyriques français signés Boiëldieu, Berlioz, Offenbach ou bien encore Ravel (L’Enfant et les sortilèges dirigé par Sir Simon Rattle, avec qui elle partage sa vie). Le répertoire tchèque n’est pas en reste, à l’opéra – Kát’a Kabanová de Janáček, Julietta de Martinů – comme pour les mélodies (de Dvořák, Novak, Eben, etc.). Elle reste cependant fidèle à Bach (Jean-Sebastien… et famille), Vivaldi et Haendel, réalisant récemment avec l’Orchestre Baroque de Venise que dirige Andrea Marcon des enregistrements absolument exceptionnels.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique