Violon perdu dans un train : course contre la montre sur Facebook

Une passagère a retrouvé un violon, oublié dimanche dernier dans un train au départ de la gare Montparnasse, à Paris. Elle a lancé un avis de recherche sur les réseaux sociaux pour retrouver son propriétaire.

 

L’ambassade du Salvador a même été contactée

Un jour de novembre 2019, des tractations secrètes ont lieu sur un parking de supermarché à Beckenham, au sud de Londres. Quelques jours plus tôt, le musicien Stephen Morris oublie son violon à bord d’un train. Son instrument, fabriqué en 1709 par le luthier allemand David Tecchler, vaut près de 300.000 euros. Un homme le récupère et ne compte a priori pas le lui rendre. Repenti, il finira pas le faire, en main propre, quelques jours plus tard sur une aire de stationnement et sous la surveillance de policiers en civil. Un incident qui aurait pu se reproduire dimanche 9 février, dans un train au sud-ouest de Paris. A bord, un couple de jeunes décident de descendre sur le quai de la gare de Chaville-Rive-Gauche, non loin de la forêt de Meudon.

 

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Derrière eux, ils laissent dans le wagon un étui noir. Que renferme-t-il ? Nulle bombe à l’intérieur, mais bien un instrument capable de jouer d’autres mélodies d’un répétitif « tic-tac ». Un violon et son archet, précautionneusement rangés dans un boîtier à l’intérieur feutré, sont découverts par Lidya S., une honnête passagère du même train de banlieue, le Montparnasse – Mantes-la-Jolie de 16h24. « Je somnolais dans le train et lorsque j’ai ouvert les yeux, ils étaient déjà sortis du wagon », se rappelle Lidya S., perplexe à l’idée de saisir l’instrument. « J’ai eu quelques minutes d’hésitation car j’avais le sentiment de le voler ».

Elle publie rapidement un message sur les réseaux sociaux pour tenter de retrouver son distrait propriétaire. « J’ai halluciné de voir que l’on pouvait oublier un objet aussi grand et visible ». La tâche est ardue car elle possède peu d’indices sur les deux protagonistes. La seule piste ? Une inscription sur les partitions glissées dans l’étui, qui mentionne un lycée à Salvador. « J’imaginais l’attachement sentimental que son propriétaire pouvait avoir. Car il y avait des partitions avec des notes faites quand il avait 6 ans ! » Outre une dizaine d’écoles de musique contactées à Paris, elle tentera donc d’écrire à leur ambassade supposée.

 

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Lidya S. doit aussi affronter un écueil de taille. Comment faire le tri entre les différentes personnes qui vont se manifester ? Comment écarter les opportunistes se présentant dans l’espoir de mettre la main sur un Guarneri ou un Stradivarius ? Durant la dernière décennie, les créations les plus prestigieuses de ces célèbres luthiers s’échangeaient contre plusieurs centaines de milliers d’euros, au minimum.

 

Un Stradivarius a lui aussi été victime d’un oubli dans le train

En 2011, le Lady Blunt, conçu en 1721 par Antonio Stradivari, s’est par exemple vendu aux enchères 11 millions d’euros. « Il sera rendu à [celui] qui saura dire quelles partitions il y avait dedans », prévient, rusée, Lidya S. dans son message. Plusieurs internautes commentent l’initiative ; certains postant de truculentes remarques. Outre un dénommé Quentin, blaguant sur la très improbable présence de Carlos Ghosn dans l’étui, Raphaèl B. s’est fendu d’un drôle de souvenir. « Ça m’est arrivé une fois avec le Stradivarius de mon père ! », dévoile ce professeur de violon à Evreux.

 

 

Mais l’homme a réussi in extremis à récupérer l’instrument avant que le train ne reparte. « La peur de ma vie ! », relate-t-il à la fin de son message. Une peur que le propriétaire du violon a lui aussi ressentie. « Hier a été une dure journée mais je suis heureuse que cette histoire se soit bien finie », a posté Andrea P., retrouvée grâce à un groupe Facebook de Chaville. La jeune fille a pu récupérer son précieux violon, hier 10 février, des mains d’un ami de sa détentrice d’un jour. Lidya S. avait préféré le conserver plutôt que de le déposer aux objets trouvés de la gare Montparnasse. Un choix plus économique pour Andrea, puisque tout objet trouvé peut être récupéré mais moyennant finance. Selon la valeur de l’objet, il en coûte aux têtes en l’air de 5 à 10 euros. Plutôt donné, pour un Stradivarius…

 

Nicolas Gomont

 

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