Quand le Brexit s’invite au Royal Albert Hall

The last night, la soirée qui clôt les traditionnels Proms, s’est transformée depuis 2016 et le referendum favorable au retrait de l’UE, en une démonstration de force bon-enfant des pros et anti-Brexit.

 

Brexit : Les supporters du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne ont gagné la bataille des drapeaux au Royal Albert Hall.

Alors que le 1erministre britannique Boris Johnson affronte la grogne de son parlement et d’une partie de la population britannique à quelques semaines de l’échéance (théorique) qui devrait conduire le pays à la sortie de l’Union Européenne, pro et anti Brexit ont à nouveau profité de l’édition 2019 des Proms (pour « Henry Wood Promenade Concerts »), une série de concerts qui se déroulent tous les ans durant huit semaines pendant la saison estivale à travers tout le Royaume-Uni, pour afficher leur soutien à l’un ou l’autre des deux camps. En 2017, un an après le referendum, les pro-Brexit s’étaient mobilisés en nombre pour défendre leur choix mais cette année ce sont les opposants, les remainers (ceux qui veulent rester dans l’UE), qui ont montré leurs muscles ou plutôt leurs couleurs. 50 000 drapeaux, tee-shirts, couvre-chefs et autres colifichets aux couleurs de l’Europe ont ainsi été distribués et agités lors de tous les concerts de ces Proms 2019 et c’est, évidemment, en nombre qu’ils ont été brandis samedi soir lors de The Last night, le concert de clôture, retransmis en direct par la BBC. Un grand spectacle qui célèbre, traditionnellement, la musique classique britannique et donc les valeurs patriotiques.

La bataille des drapeaux

Si la 1ère partie du concert fut plutôt sagement suivi dans la salle, avec l’interprétation de grands tubes du classique (Carmen, les trompettes d’Aïda, Over the rainbow du magicien d’Oz, Samson et Dalila ou l’ouverture d’Orphée aux enfers) par l’orchestre de la BBC et des solistes de haut niveau, la seconde partie, toujours résolument patriotique avec les mêmes morceaux chaque année, donna l’occasion aux supporters des 2 camps de déclarer leur « flans » en agitant leurs couleurs, notamment pendant la très prisée « marche n°1 en ré Majeur, Pomp and Circumstances » d’Elgar, (le « Land of Hope and Glory » considéré comme le chant national anglais, alors que le God save the Queen est l’hymne du Royaume Uni). Un duel remporté par les Remainers mais diversement apprécié, notamment par certains puristes et fidèles des Proms pour lesquels  » Les anti-Brexit ont pris en otage une institution britannique avec tous ces drapeaux de l’Union européenne lors de cette soirée « . Tandis que de certains téléspectateurs, résolument pro-Brexit, estimaient sur les réseaux sociaux que « ces fanatiques qui agitent des drapeaux de l’UE doivent détester leur pays« .

Jamie Barton réconcilie le public du Royal Albert Hall

 

Mais le moment le plus émouvant de cette dernière soirée des Proms 2019 restera sans doute le final sur « Rule Britannia ! », chanté par Jamie Barton. La mezzo-soprano américaine qui revendique sa bi-sexualité et qui a brandi le drapeau arc-en-ciel, symbole de la lutte pour les droits LGBT. Un geste cette fois-ci unanimement acclamé par le public du Royal Albert Hall.

 

Philippe Gault

 

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