Opéra de Paris : Alexander Neef se donne 3 ans pour retrouver l’équilibre économique

Crédits : Opéra de Paris

Dans un entretien au Figaro, Alexander Neef détaille les mesures qu’il a décidé de prendre afin que l’Opera National de Paris (ONP), durement touché par une crise sociale et surtout par les conséquences de la pandémie de Covid-19, retourne à l’équilibre financier d’ici 3 ans. Le directeur général de l’institution compte retrouver les recettes propres d’avant-crise sans remettre en question le modèle économique particulier de l’ONP.

Depuis 2020 l’Opéra de Paris a cumulé plus de 185 millions de pertes

En préambule de cet entretien avec Ariane Bavelier du Figaro, Alexander Neef, qui dirige l’Opéra de Paris depuis septembre 2020, précise : « je ne réforme pas, je mène une évolution donnant à la maison une conduite plus responsable, plus crédible, plus pérenne ». C’est donc dans la continuité et la stabilité qu’il compte permettre à l’ONP de retrouver l’équilibre financier en 2024-2025 tout en développant la modernisation de la programmation avec son directeur musical Gustavo Dudamel et la rationalisation de son fonctionnement.

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Un chantier complexe après plus de 185 millions de pertes cumulées depuis 2 ans (15 millions à cause des grèves et plus de 170 millions pour le Covid-19). Si l’État a apporté un soutien exceptionnel de 86 millions, tandis que l’ONP a réalisé 72 millions d’économies, on est encore loin du compte sachant que, sur un budget annuel de 230 millions d’euros, la subvention publique de 95 millions n’en couvre que 40% environ. Les reste dépendant des ressources propres (mécénat, billetterie et recettes commerciales).

Alexander Neef : « On ne travaille plus aujourd’hui comme en 1989 »

Parmi les pistes évoquées, une réduction de la masse salariale (115 millions d’euros/an) comme le préconise le rapport Tardieu-Hirsch, commandé par le ministère de la Culture en 2020. Sur ce point, Alexander Neef indique qu’il devrait y avoir plus de 250 départs à la retraite entre 2022 et 2025 et précise que « cela aura un impact économique, car les salaires d’embauche sont inférieurs aux salaires de fin de carrière. Par ailleurs, certains départs pourraient ne pas être remplacés, car le métier évolue. On ne travaille plus aujourd’hui comme en 1989 ».

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Ce rééquilibrage économique passe également par une anticipation de la programmation et sa pérennité. « Désormais tout doit être anticipé. Le budget est défini avant même d’approcher un metteur en scène, la remise de la maquette se fait 18 mois avant la production, ce qui permet de chiffrer le projet et éventuellement de le faire adapter » déclare Alexander Neef qui évoque également une réforme des conventions collectives autour d’un projet stratégique qui, selon son directeur-adjoint Martin Adjari, prendra en compte le rythme soutenu des représentations « tout en dépensant moins et en ouvrant sur un objectif sociétal et environnemental qui permettra d’inscrire l’Opéra de Paris dans le XXIe siècle ».

La nouvelle troupe de chanteurs devra incarner l’Opéra de Paris

Autre projet évoqué, celui de la création d’une troupe de 15 à 20 chanteuses et chanteurs (jeunes professionnels souhaitant développer leur carrière) qu’Alexander Neef avait annoncé en exclusivité mi-septembre au micro de Laure Mézan (qui anime le Journal du Classique du lundi au vendredi à 20h sur Radio Classique). Une troupe qui permettrait, non seulement, d’économiser sur les cachets mais aussi de ramener le public vers le lyrique pour suivre des artistes qui, l’espère Alexander Neef « incarneront l’Opéra de Paris (comme c’est le cas pour les danseurs) et pourront interpréter une partie du répertoire ».

Philippe Gault

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