Mobilisation pour la justice : « La hiérarchie nous soutient, c’est quelque chose de nouveau »

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C’est une journée de mobilisation « inédite » des personnels de justice aujourd’hui. Juges, procureurs, greffiers, même la Cour de cassation, ou encore le Conseil Supérieur de la Magistrature appellent à soutenir le mouvement.

« Dès que l’on dit qu’il faut baisser les cadences on nous répond que la délinquance augmente »

Tous partagent le même constat : la justice manque cruellement de moyens humains et matériels. Un profond malaise s’est cristallisé autour de la tribune dites des magistrats, publiée le 23 novembre, désormais signée par plus de 7000 personnels. Les avocats se joindront également à ces rassemblements. Ils ne veulent plus « d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout » comme le clame Cyril Papon, de la CGT chancellerie et greffier à Bobigny : « c’est une surcharge de travail. Dès que l’on dit qu’il faut baisser les cadences on nous répond que la délinquance augmente. Sauf que quand on n’a pas les moyens de ces ambitions mieux vaut arrêter plutôt que de maltraiter son personnel ». Les personnels de justice ne comptent plus les heures supplémentaires. Sans effet : les délais sont toujours aussi longs avec en moyenne, 6 à 15 mois pour un jugement. Une perte de sens pour Isabelle Besnier-Houben, du syndicat des greffiers : « quand vous avez des gens qui viennent en pleurs parce qu’ils n’ont pas eu leur jugement et que c’est toute leur vie pour des gardes ou des placements d’enfants, c’est traumatisant. Les fonctionnaires craquent ».

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En réponse à ce profond malaise, le ministère de la Justice annonce la pérennisation de 1400 contrats courts et promet la présence d’un psychologue dans chaque tribunal. Une rustine, fustige Katia Dubreuil du syndicat de la magistrature : « on leur demande de travailler à flux tendu et de ne pas penser au temps qu’il faudrait prendre pour écouter les justiciables. C’est une souffrance qui ne se résout pas en discutant avec un psychologue ». Les chefs de juridiction ont publié un communiqué dans lequel ils dénoncent une « situation inacceptable qui engendre de l’insécurité juridique, au prix de la santé des personnels ». Les rassemblements en région se feront devant les tribunaux judiciaires.

Une tribune a été lancée et compte aujourd’hui plus de 7000 signataires

En France, nous sommes à 11 magistrats pour 100 000 habitants, là où la moyenne en Europe affiche le double selon les chiffres de la Commission européenne. Dans un communiqué les chefs de juridiction, pourtant peu enclins à se prononcer publiquement, ont même dénoncé « une situation inacceptable ». Pierre Msika est juge, placé au tribunal de Douai il est l’un des premiers signataires de la fameuse tribune : « on constate un enchaînement des arrêts maladies, beaucoup de gens pensent à quitter le métier de magistrat. Ce sont des éléments qui ont constitué un électrochoc et nous a donné envie de prendre la parole. Il faut saisir l’ampleur du malaise et la réponse attendue est l’augmentation du nombre de personnes qui rendent la justice en France. La parole se libère sur les réseaux sociaux et je ne peux pas imaginer que ce mouvement se taise juste parce que l’on arrive aux fêtes de fin d’année ». 

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Le monde de la justice s’attend à une mobilisation sans précédent. Selon Léa Clouteau, juge placée elle aussi, au tribunal de Douai : « ce que l’on voit c’est qu’il est impossible de rendre une justice de qualité. On a honte de la manière dont on exerce notre métier. La vertu de la tribune est d’avoir libéré la parole. On voit bien que les collègues vont se mobiliser et la hiérarchie est elle aussi, en soutien. C’est quelque chose de nouveau ».

Eric Kuoch

Ecoutez le reportage d’Eric Kuoch : 

 

Ecoutez les explications de Pierre Msika au micro d’Eric Kuoch :

 

Ecoutez les explications de Léa Clouteau au micro d’Eric Kuoch : 

 

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