Maria Kolesnikova, flûtiste, cheffe d’orchestre et leader de l’opposition, détenue en Biélorussie

Depuis 3 semaines, Maria Kolesnikova, flûtiste et cheffe d’orchestre mais également une des principales figures de l’opposition biélorusse, est incarcérée.  Elle est accusée d’atteinte à la sécurité nationale pour avoir participé à l’organisation de la contestation après la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Maria Kolesnikova a été arrêtée dans des conditions inexpliquées

Jusqu’au printemps dernier Maria Kolesnikova (Kalesnikava en russe) était surtout réputée en Biélorussie comme artiste et, notamment, pour ses talents de flûtiste et de cheffe d’orchestre mais au mois de mai elle décide de rejoindre l’équipe de campagne de Viktor Babaryko, un banquier candidat de l’opposition à l’élection présidentielle du 9 août. En juin, ce dernier est arrêté et interdit de se présenter comme candidat. Maria Kolesnikova annonce alors apporter son soutien à la candidature de Svetlana Tikhanovskaïa, cheffe de l’opposition, contrainte de s’exiler en Lituanie après la réélection très contestée d’Alexandre Loukachenko. Au mois d’août Maria Kolesnikova prend la tête du « Conseil de coordination » de l’opposition et participe activement aux manifestations qui se multiplient dans tout le pays.

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Quelques semaines plus tard, le 7 septembre, la militante est interpelée dans des conditions assez floues. Selon ses proches, poussée par les forces de sécurité à passer en Ukraine, elle aurait déchiré son passeport afin d’éviter cet exil forcé. Depuis, elle est détenue à Jodzina, près de la capitale biélorusse, et a été, le 16 septembre, officiellement accusée d’atteinte à la sécurité nationale. Elle risque une peine maximale de cinq ans de prison. Dans un message publié la semaine dernière via le compte Facebook géré par sa sœur Tatiana, Maria Kolesnikova a tenu à rassurer ses proches:  » Je vais bien, les conditions sont tolérables et mes nouveaux amis sont merveilleux. Nous faisons du fitness dehors et nous mangeons… beaucoup ! » y écrit l’opposante dont la demande de remise en liberté a été rejetée samedi par un tribunal de Minsk.

 

Maria Kolesnikova a étudié la flûte à Minsk et la musique baroque à Stuttgart

Née de parents ingénieurs à Minsk en 1982, Maria Kolesnikova se passionne très tôt pour la flûte qu’elle enseignera plus tard avant d’intégrer l’Académie d’État de musique de Biélorussie, dont elle sort diplômée comme flûtiste et chef d’orchestre. À 25 ans, elle s’inscrit à l’Université de l’art et des arts du spectacle de Stuttgart où elle étudie les instruments anciens et la musique baroque. Au cours de ce séjour d’une dizaine d’années dans le Bade-Wurtemberg, elle mène également des projets culturels entre l’Allemagne et la Biélorussie. En 2017, elle cofonde InterAkt, un collectif artistique qui organise le Festival Artemp, puis devient, en 2019, directrice de l’association culturelle OK16 à Minsk.

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L’arrestation et le maintien en détention de Maria Kolesnikova ont été condamnés par de nombreux pays dont la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Union Européenne. La semaine dernière, un groupe d’experts indépendants des droits de l’homme de l’ONU a appelé la Biélorussie à libérer Maria Kolesnikova. Samedi, une centaine de manifestants, pour la plupart des femmes, ont été arrêtés dans la capitale Minsk et dans d’autres villes, notamment à Brest (sud-ouest), lors de rassemblements de l’opposition pour protester contre le régime.

Philippe Gault

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