Le Concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski, une oeuvre magistrale

Le Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski est le cheval de bataille des virtuoses du monde entier. Il a pourtant d’abord été jugé « répugnant » par le soliste à qui il était destiné, avant de connaître une gloire internationale qui ne s’est jamais démentie depuis.

Nikolaï Rubinstein a d’abord décrété le concerto « injouable » à la première écoute

En 1874, Tchaïkovski joua le premier mouvement de son Premier concerto pour piano à son ami Nikolaï Rubinstein. Silence de mort. Le compositeur joue la suite de son œuvre jusqu’à la fin et lui demanda ce qu’il en pensait. Rubinstein se mit alors à hurler et déclara le concerto « répugnant », « plat », « injouable ». Il conseilla à son auteur de tout réécrire. Outré par un tel comportement, Tchaïkovski répliqua qu’il n’en changerait pas une note. Tous deux allaient revenir sur leurs positions.

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Le Concerto n° 1 en si bémol mineur fut créé par Hans von Bülow (qui l’apprit en un mois) à Boston le 25 octobre 1875. Les trombones commirent une erreur le jour de la première et le soliste (également un grand chef d’orchestre) s’écria : « Les cuivres peuvent aller en enfer ! » Puis c’est Gustav Kross qui le joua à Saint-Pétersbourg le 13 novembre 1875. Une semaine plus tard, Serge Taneiev (élève du compositeur) le jouait à Moscou sous la direction d’un certain… Nikolaï Rubinstein

 

Le pianiste américain Van Cliburn remporta le premier Concours Tchaïkovski en 1958 en jouant cette œuvre.

Réalisant son erreur, Nikolaï Rubinstein allait jouer lui-même le Concerto n° 1 de Tchaïkovski et le faire connaître dans toute l’Europe. Notamment lors de l’Exposition Universelle à Paris en 1878. Quant à Serge Taneïev, il allait créer le deuxième concerto (qui sera dédié à Nikolaï Rubinstein) ainsi que le troisième qu’il terminera après la mort de son maître.


 Martha Argerich et l’Orchestre de la Suisse romande, dir. Charles Dutoit (1975)

 

Le compositeur accepta de réviser son œuvre en 1879 et 1888. C’est généralement la version publiée en 1890 qui est exécutée. Sa très grande virtuosité et le nombre abondant de thèmes l’ont rendu très populaire. Les tourbillons d’octaves sont très spectaculaires. Tchaïkovski a utilisé plusieurs chansons folkloriques ukrainiennes et même un air français tombé en désuétude « Il faut s’amuser, danser et rire ».

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Popularisé par Liberace aux États-Unis, le Concerto n° 1 de Tchaïkovski a très souvent été utilisé au cinéma.

Le pianiste Vassily Sapelnikoff qui a souvent joué l’œuvre sous la direction de Tchaïkovski l’a enregistré en 1926. Arthur Rubinstein a enregistré l’œuvre cinq fois, avec Barbirolli, Mitropoulos, Rodzinski, Giulini et Leinsdorf. Sviatoslav Richter l’a également enregistré cinq fois. Mais le champion de l’œuvre reste Emil Gilels qui l’a enregistré pas moins de douze fois. Horowitz l’a joué en 1941 sous la direction de son beau-père Toscanini. Ils l’ont rejoué en 1943 pour un fonds de soutien à la guerre en Europe. Le disque est un classique. Parmi les interprétations modernes les plus célèbres, citons Martha Argerich (avec Dutoit, Kondrachine et Abbado) et Evegeny Kissin qui réalisa en 1988 l’un des derniers enregistrements de Karajan.

 

Olivier Bellamy

 

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