La nature désormais incapable de survivre sans l’homme : l’enquête-choc de la journaliste Elizabeth Kolbert

Roman Iwasiwka / Williams College

Elle avait reçu le prestigieux prix Pulitzer en 2015 pour son livre devenu un best-seller :  La 6e extinction, consacré à la crise de la biodiversité. La journaliste américaine Elizabeth Kolbert a publié hier en France son dernier livre : Des poissons dans le désert aux éditions Buchet-Chastel, ou comment l’homme tente désormais de réparer la nature après l’avoir sérieusement endommagé.

Les carpes asiatiques devaient contrôler la prolifération des mauvaises herbes aquatiques

C’est la dernière enquête de la journaliste du New Yorker, qui commence sur les rives du canal de Chicago. Ce canal sanitaire et naval a été inauguré il y a un siècle et construit pour inverser le cours de la rivière Chicago qui déversait alors les eaux usées de la ville dans le Lac Michigan. Selon Elizabeth Kolbert « ils ont relié deux grands systèmes hydrologiques, celui des Grands Lacs et le fleuve Mississipi qui n’étaient pas connectés jusque-là. Désormais il y a de nombreuses espèces invasives dans les deux milieux et elles peuvent aller de l’un à l’autre ».

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Le problème, c’est que les Etats-Unis ont importé pour la première fois en 1963, des carpes asiatiques. Elles devaient contrôler la prolifération des mauvaises herbes aquatiques. Mais ce sont elles qui vont proliférer. Elles peuvent peser jusqu’à 40 kilos et partout où elles sont, elles supplantent les poissons indigènes. Elles sont désormais en très grand nombre dans le Mississipi et menacent de remonter dans les Grands Lacs. Les ingénieurs de l’armée américaine ont dû trouver une solution pour les empêcher de passer : « ce qu’ils ont imaginé, c’est de faire passer beaucoup d’électricité dans l’eau. Et donc quand une créature vivante arrive, elle prend un choc électrique. L’objectif, c’est que ces carpes rebroussent chemin et repartent dans l’autre sens ».

Une nature dégradée, altérée, qui n’est plus capable de survivre sans l’aide de l’homme

L’enquête d’Elizabeth Kolbert la mène également dans les bureaux de chercheurs à Harvard, qui travaillent sur la géo-ingénierie solaire. L’objectif est de diffuser des particules de calcite par exemple, dans la stratosphère pour réfléchir les rayons du soleil et ainsi réduire la quantité de soleil qui arrive sur Terre. L’un des inconvénients, c’est que le ciel pourrait devenir blanc un peu partout. Elizabeth Kolbert se rend également en Australie dans le plus grand aquarium de recherche du monde. Les chercheurs patientent pendant des nuits pour faire se reproduire des coraux qui ils l’espèrent, deviendront plus résistants aux nouvelles conditions climatiques : « l’idée ici, c’est que si vous réunissez des coraux qui n’auraient jamais pu se reproduire dans la nature, vous créez des coraux hybrides qui pourraient être plus résistants que leurs parents. C’est le cœur du projet des super coraux » affirme Elizabeth Kolbert.

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C’est ce que l’on appelle de l’évolution assistée et au-delà des coraux, c’est en fait l’idée d’une nature assistée que diffuse Elizabeth Kolbert dans son livre. Une nature dégradée, altérée, qui n’est plus capable bien souvent de survivre sans l’aide de l’homme : « cette idée que nous avons tellement bouleversé le monde vivant – nous avons réussi à réchauffer tous les océans par exemple – et que nous devons maintenant intervenir sur le vivant pour tenter de l’adapter aux modifications que nous avons créés, ça m’a frappée et ça ouvre un nouveau chapitre dans la longue histoire des relations que nous entretenons avec la nature ». Des espèces poussées jusqu’au bord du précipice pour ensuite les ramener à nous. C’est le cas par exemple des pupfish, ces tout petits poissons qui vivent dans une cavité au beau milieu du désert du Nevada. Ils ont bien failli disparaître puisque des promoteurs avaient pompé les aquifères autour. Ils doivent leur salut qu’à l’intervention de biologistes. Des poissons dans le désert est signé Elizabeth Kolbert aux éditions Buchet-Chastel.

Baptiste Gaborit

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