La dernière bataille du Brexit

C’est une querelle comme seuls les Britanniques peuvent en inventer : Quel hymne anti ou pro Brexit a été vendredi à minuit, heure officielle de la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne, le mieux classé dans les hit-parades ? Une bataille cocasse dans laquelle sont opposés l’Ode à la joie de Beethoven et la chanson d’un comique anglais.

 

L’Ode à la joie ou l’hymne à la provocation ?

À ma gauche, « L’ode à la joie », interprétée par le Johann Strauss Orchestra et dirigé par le médiatique chef d’orchestre néerlandais André Rieu. À ma droite, « 17 Million F***-Offs », la chanson du comédien et humoriste anglais Dominic Frisby. Si on peut être surpris du choix d’une version récente interprétée par l’orchestre d’André Rieu, du final de la 9symphonie de Ludwig van Beethoven, on comprend que les Remainers (ceux qui souhaitaient que le Royaume Uni reste dans l’Union Européenne) en aient fait leur hymne puis qu’il est aussi celui de l’UE depuis 1986. En revanche, le morceau choisi par les pro-Brexit est nettement plus original et surtout provocateur puisqu’il s’agit d’une chanson écrite et interprétée par un comique célèbre Outre-Manche. Déjà le titre : « 17 Million F***-Offs » (en référence aux 17 millions de voix obtenues pour le Brexit lors du référendum de 2016) et puis les paroles, tout aussi explicites. En résumé, la chanson raconte que les 17 millions de votants pro-Brexit intiment à tous ceux qui n’en voulaient pas lors de ce référendum, citant nommément des personnalités politiques comme David Cameron, Theresa May, George Osborne, Tony Blair, John Major et même Theresa May et Barack Obama et d’autres vedettes britanniques tels Gary Lineker (football), JK Rowling (littérature) ou Benedict Cumberbatch (cinéma), d’aller se faire f…

 

Du solennel à la ballade

Musicalement, la chanson de Dominic Frisby est, évidemment, nettement moins solennelle que la composition de Beethoven. Si l’introduction sur fond d’orgue propose une certaine majesté, la suite, sous forme de ballade enjouée, aurait très bien pu illustrer un film des Monty Python. Dominic Frisby, lui ne craint pas la comparaison. « Beethoven est peut-être le plus grand compositeur qui ait jamais vécu. Mais, dans l’ensemble, tout bien considéré, je pense que je suis bien plus drôle » a-t-il déclaré, ajoutant avec un brin de provocation : « C’est moi, un type ordinaire, qui ai écrit cet air qui rivalise avec celui d’un colosse allemand subventionné. Mais je pense que Ludwig approuverait ma démarche. Étant donné le choix entre un gros budget, une extravagance musicale choisie pour défendre ce truc bureaucratique pro-capitalisme et une chanson comique écrite par un mec qui n’a même pas de contrat d’enregistrement, je pense que je sais ce que Ludwig choisirait ».

 

André Rieu a devancé Dominic Frisby

Vendredi soir, Dominic Frisby a interprété sa chanson devant le parlement à Londres à l’occasion d’une cérémonie organisée pour célébrer le Brexit. Jeudi soir c’est à la radio, sur la BBC, qu’on a pu entendre l’Ode à la joie à l’occasion de la retransmission en direct d’un concert du Hallé Orchestra de Manchester consacré à Beethoven. Et à minuit, heure du Brexit, the winner was…l’interprétation d’André Rieu qui occupait la 1ère place du classement des ventes de disques au Royaume Uni pour Amazon, juste devant… la chanson de Dominic Frisby.

 

Philippe Gault

 

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