Arctique : « Tara Polar Station », l’incroyable station polaire financée par la France

Crédit/Fondation Tara

La Fondation Tara Océan vient de dévoiler un bateau spécialement conçu pour suivre le mouvement de la glace et étudier les conséquences du réchauffement climatique au pôle Nord. Ce projet d’envergure, majoritairement financé par l’Etat, est primordial pour la recherche française en Arctique, une zone particulièrement stratégique.

« La mission va durer 7 mois sans répit dans des conditions de nuit polaire »

Un projet fou est en train de voir le jour. La Fondation Tara Océan vient de dévoiler les plans de son nouveau bateau. Une station polaire dérivante qui va se laisser piéger dans les glaces de l’Arctique dont la première mission est prévue en 2025. Il est difficile de décrire la Tara Polar Station. C’est un bateau qui ressemble plutôt à un vaisseau ou à une soucoupe volante. De forme ovale à cause de sa coque en aluminium, il mesure 26m de long et 14m de large. Romain Troublé, directeur de la fondation Tara, nous explique la mission de ce navire des glaces : « ce bateau a vocation à dériver plusieurs fois dans les glaces au pôle Nord. Il va suivre le mouvement de la glace en Arctique qui dérive de 10 km par jour en moyenne ». A bord de ce bateau on trouvera 12 personnes en hiver et 20 durant l’été. Un équipage composé à moitié de scientifiques.

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Les missions dureront 500 jours et les équipages seront relevés tous les 7 mois : « le début de la mission va durer 7 mois sans répit dans des conditions de nuit polaire entre septembre et mars. Les températures seront entre – 20 et – 50 degrés. L’équipage devra également se méfier d’une faune hostile tels les ours polaires ». Ce huis clos se déroulera donc dans la nuit permanente de l’hiver arctique avec parfois comme seul bruit la glace qui vient compresser la coque du bateau. Ce bateau laboratoire va permettre aux scientifiques de rester de longs mois dans les glaces de l’Arctique alors que cela n’était pas possible. L’Arctique a été choisi car c’est la région qui se réchauffe le plus vite, 2 à 3 fois plus rapidement que dans le reste du monde.

 

Le coût du bateau est estimé à 18 millions d’euros dont 13 financés par l’Etat

Selon Gerhard Krinner, glaciologue à l’Institut des Géosciences de l’Environnement, la Fondation Tara va donc pouvoir mesurer les conséquences de ce réchauffement sur la biodiversité marine : « on a prédit depuis longtemps que le changement climatique serait particulièrement fort en Arctique. On le constate aujourd’hui. L’océan Arctique qui avant était constamment couvert de glace, va devenir de plus en plus vide en été. On ne sait donc pas comment les espèces vont s’adapter à ces changements« . L’Arctique est donc la sentinelle du changement climatique. Il est important d’y aller pour mieux comprendre les mécanismes qui sont à l’œuvre afin de documenter ces changements. Ainsi, on pourra par exemple anticiper sur les conséquences de la fonte du permafrost dans l’Arctique continental.

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La Tara Polar Station sera construite dans les mois à venir. Le coût du bateau est estimé à 18 millions d’euros dont 13 millions financés par l’Etat via sa nouvelle stratégie polaire. Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur des pôles, souligne l’importance de ces zones pour la recherche française : « depuis 1993 et la création de la station Concordia en antarctique, c’est la première fois qu’on débloque autant de moyens pour les questions des cercles polaires. Il était temps car nous avions pris énormément de retard par rapport à d’autres pays qui investissent 15 fois plus que nous. Les Allemands vont par exemple construire un brise-glace d’un milliard d’euros pour pouvoir aller dans les pôles. Nous avons donc une dizaine d’années pour pouvoir retrouver la place qui était la nôtre au début du 20ème siècle ». La Tara Polar Station sera donc aussi l’instrument du soft power français dans cette région Arctique, objet de toutes les convoitises. Si le premier départ est prévu pour 2025, les missions se succéderont ensuite pendant au moins 20 ans.

Baptiste Gaborit

 

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