Fin octobre, pendant une semaine, la maison Christie’s Paris mettra en vente en ligne une partition autographe des Douze Notations pour piano de Pierre Boulez. Le grand compositeur et chef d’orchestre français composa cette œuvre, considérée comme sa première grande création, alors qu’il n’avait que vingt ans.
Parmi les très nombreux ouvrages et documents proposés en ligne du 27 octobre au 5 novembre par la maison de vente aux enchères Christie’s dans le cadre d’une session consacrée à des livres et des manuscrits rares (Classic week), le lot n° 519 attirera certainement les plus mélomanes des collectionneurs. Il s’agit en effet d’une partition autographe – qui comprend deux signatures – des Douze Notations pour piano que Pierre Boulez composa en 1945.
Âgé de 20 ans, il était à l’époque étudiant au Conservatoire de Paris dans la classe d’harmonie avancée d’Olivier Messiaen, et cette composition est considérée comme l’une de ses premières œuvres significatives. Cette série de douze variations, composées chacune de douze mesures, était construite autour d’une même série de douze sons et dans laquelle on retrouve, selon le musicologue Claude Samuel, l’influence de grands compositeurs tels que Anton Webern, Claude Debussy et Olivier Messiaen.
L’œuvre fut créée le 12 février 1946 aux Concerts du Triptyque par la pianiste Yvette Grimaud, condisciple de Pierre Boulez au Conservatoire de Paris.
La partition de Pierre Boulez estimée entre 25.000 et 35.000 euros
Si une autre version de ce manuscrit a été acquise en novembre 2017 par la Bibliothèque nationale de France (BnF), la partition mise en vente par Christie’s à la fin du mois, estimée entre 30.000 et 40.000 euros, avait été dédicacée en décembre 1945 au compositeur Serge Nigg, lui aussi élève dans la même classe du conservatoire et ami proche de Pierre Boulez.
Le manuscrit est noté à l’encre bleu nuit sur papier à 24 lignes, de la fine et minutieuse écriture du musicien français dont on célèbre cette année le dixième anniversaire de la disparition. Il est signé en fin au-dessous de la dédicace « À Serge Nigg ».
A lire aussi
Le manuscrit de trois pages, auxquelles s’ajoute une page de titre-dédicace, comprend les Douze Notations, avec de nombreuses notes et précisions d’interprétation (dynamique, intensité, nuances…). Selon la note qui accompagne la mise en vente de ce document, Pierre Boulez avait confié avoir orchestré, à l’époque de leur composition, plusieurs de ces Notations : « Ces orchestrations, à l’inverse de celles que j’effectue aujourd’hui, étaient toutes littérales et destinées à un petit orchestre. Aucune de ces orchestrations n’a été créée, la réalisation en était encore trop amateur », avait-il indiqué.
Pierre Boulez retira ensuite cette composition de son catalogue, et l’y réintroduira plus tard, alors qu’il avait entrepris de réaliser une version des Notations pour orchestre (1980 et 1999).
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique