KISSIN Evgeny – biographie

(1971- ) Pianiste

Evgeny Kissin s’est vite montré un prodige du piano. Il court le monde, du Carnegie Hall au Musikverein, souvent en solo mais également accompagnés des plus grandes baguettes. Au fil du temps, ses racines juives se sont révélées essentielles à son identité, et le Yiddish est devenu un véritable moyen d’expression aux côtés du piano et de la composition.

Evgeny Kissin en 8 dates :

  • 1971 : Naissance à Moscou
  • 1977 : Entre à l’école Gnessine
  • 1984 : 1er disque chez RCA, enregistré lors d’un concert au Conservatoire de Moscou avec le Philharmonique de Moscou
  • 1990 : 1er récital au Carnegie Hall de New York
  • 1992 : S’installe aux Etats-Unis
  • 2002 : Naturalisé britannique
  • 2013 : Naturalisé israélien
  • 2017 : autobiographie Mémoires et réflexions d’un prodige de la musique (ed. Le Passeur)
    Passe chez Deutsche Grammophon

Evgeny Kissin est un enfant prodige, dont le plus grand plaisir est de jouer du piano

Evegeny Kissin tient son don musical de sa mère, elle-même professeure de piano. Son père, lui, est ingénieur. Sa mère suivra de près toute sa carrière, n’hésitant pas à se déplacer avec lui lors de ses concerts même lorsqu’il aura atteint l’âge adulte. Sa grande sœur, de dix ans son aîné, étudie aussi le piano à l’école de musique centrale, mais sans en faire son métier. Evgeny baigne donc à la maison dans un environnement pianistique, et dès 2 ans commence à chercher les notes à l’oreille sur l’instrument. Il entre à 6 ans à l’Académie Gnessine de Moscou, par laquelle sont aussi passés Oleg Maisenberg, Ludmila Berlinskaïa ou encore Daniil Trifonov. « Quand j’étais enfant, je n’aimais pas travailler pour le cours suivant. Mais j’aimais jouer du piano pour mon plaisir plus que tout autre chose. Bien-sûr mon enfance a été différente de celles des autres enfants. Mais c’était ce que je voulais. Mes parents ont très vite compris qu’il fallait me laisser jouer du piano autant que j’avais besoin, » raconte Evgeny Kissin à Tom Gross dans une interview vidéo en 2020. Enfant prodige, sa carrière commence très tôt. A 10 ans, il joue en concert le Concerto n°20 de Mozart, puis les deux concertos de Chopin avec le Philharmonique de Moscou deux ans après. Le concert fait l’objet d’un disque chez RCA.

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L’Europe commence à le remarquer en 1987 lorsqu’il se produit au Festival de Berlin, puis sous la direction de Karajan dans le 1er Concerto de Tchaïkovsky. En 1997, les Proms lui offrent un récital, une première dans l’histoire de l’événement londonien. Le public du Royal Albert Hall, sous le charme, lui réclame 9 bis à la fin du programme. Régulièrement invité au Festival de Verbier, Evgeny Kissin y donne un récital Chopin en 2006, qui sort aussitôt en disque, toujours chez RCA. Pour le même label, il a aussi enregistré la Fantaisie de Schumann, les Etudes d’exécution transcendantes de Liszt, et du Schubert, avant de passer en 2009 chez EMI pour des sonates et concertos de Beethoven avec Colin Davis, ainsi que les Concertos n°2 et n°3 de Prokofiev dirigés par Vladimir Ashkenazy. En 2017, on le retrouve chez Deutsche Grammophon pour des sonates de Beethoven. Viennent alors les Concertos n°1 et à nouveau n°3 de Prokofiev avec le Philharmonique de Berlin dirigé par Claudio Abbado, et un enregistrement live avec le Quatuor Emerson dans un programme Mozart, Fauré et Dvorak. Longtemps spécialiste du récital solo et des concertos, Evegeny Kissin s’ouvre à la musique de chambre avec le temps, comme lors du concert au Théâtre des Champs-Elysées avec Renée Flemming en 2020.

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Sa carrière de pianiste, d’abord européenne, devient très vite mondiale

C’est en 1990 que le pianiste fait ses débuts aux Etats-Unis, avec le Philharmonique de New York sous la direction de Zubin Mehta. A nouveau, le concert sort en disque chez RCA. Evgeny Kissin s’installe dans le pays deux ans plus tard, à 21 ans. Il devient par la suite Doctor Honoris Causa de la Manhattan School of Music. En 2016, la série Perspective au Carnegie Hall l’invite à deux reprises dans la même saison.

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Evegeny Kissin joue dans le monde entier, en Europe, en Amérique et en Asie. Néanmoins, il avoue en 2020 à Tom Gross que sa salle de concert préféré reste le Conservatoire de Moscou, à cause de « sa merveilleuse acoustique et sa grande beauté. » Suit le Musikverein de Vienne, qui lui apporte en plus « une inspiration particulière, due aux musiciens qui ont vécu dans cette ville. » Et lorsque Tom Gross lui demande quels sont les chefs qui l’ont marqué, il répond Karajan, Giulini, et Levine.

 

Evgeny Kissin s’adonne aussi à la composition, par intermittence

A 14 ans, Evegny Kissin délaisse la composition pour se consacrer entièrement au piano. L’envie d’écrire lui revient à la quarantaine. « Le fait même que j’ai recommencé à composer m’a surpris », avoue-t-il au New York Times en 2021, tout en assurant que c’est son histoire d’amour avec Karina Arzumanova – amie d’enfance qu’il a épousé en 2017 – qui lui a redonné l’inspiration. « Je ne compose que de façon sporadique car cela demande des blocs de concentration, ce que ma principale occupation de pianiste concertiste me permet très rarement ». On lui connaît notamment 4 Pièces pour piano, une Sonate pour violoncelle en un mouvement, un quatuor à cordes, un cycle pour baryton sur des poèmes d’Alexander Blok, et la comédie musicale en Yiddish L’oiseau Alef du vieux gramophone. Sa musique est saluée par Arvo Pärt, et par des interprètes comme le violoncelliste David Geringas ou le Quatuor Kopelman. Selon Steven Isserlis, elle est traversée « d’émotions extrêmes [et prend] ses racines dans le passé, » notamment la tradition juive russe dont est issue la famille du pianiste. « C’est une personne tellement intense. Il a une vision très sérieuse du monde, même s’il n’est pas sans humour, » déclare le violoncelliste au New York Times.

En 1997, au Royal Albert Hall de Londres, La Campanella de Liszt
 

 

Le pianiste russe affiche une véritable passion pour la langue Yiddish

Kissin revendique un amour du Yiddish, qu’il a d’abord entendu chez grands-parents et grâce à une tante qui lui chantait des chansons. Il décide d’apprendre la langue, puis se met à réciter des poèmes sur scène, avant d’en écrire lui-même. Il publie un recueil de poèmes en Yiddish en 2019, et traduit des passages de la littérature internationale. Dans son autobiographie Avant tout envers toi-même sois loyal, Mémoires et réflexions d’un prodige de la musique, il insiste sur « la force intérieure » de cette langue « riche et expressive […] capable de transmettre les pensées et les sentiments les plus subtils. » Il est Docteur Honoris Causa de l’Université Hébraïque de Jérusalem depuis 2010, et a été naturalisé israélien en 2013. « Être juif est important dans mon attachement et mon soutien à Israël. Mais j’ai aussi grandi en Union Soviétique où la propagande antisioniste était très forte, et ceux qui échappaient au lavage de cerveau se rendaient bien compte que l’Etat d’Israël était une bonne chose, même quand ils n’étaient pas juifs, » explique-t-il à Tom Gross en 2020.
« Bien-sûr, en tant que musicien je me pose la question : que signifie ce que moi et mes collègues faisons ? Je crois que la musique nous élève au sublime. Ce qui ne veut pas dire qu’elle nous rend [moralement] meilleurs. Ce que nous faisons avec la musique dépend entièrement de nous, » concluait déjà le pianiste en 2003 dans le documentaire We Want the Light de Christopher Nupen.

 

Sixtine de Gournay

Crédit Photo : Pierre Anthony

 

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