Guerre au Moyen-Orient : entre les mollahs et Trump, le dilemme impossible des Iraniens

Vahid Salemi/AP/SIPA

La célèbre avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été arrêtée. L’ancienne lauréate du prix Sakharov est une figure de l’opposition en Iran. C’est le signe que le régime des mollahs ne desserre pas son étau sur la société iranienne malgré la guerre et les bombardements israélo-américains. « Nous allons les ramener à l’âge de pierre » promet le président américain Donald Trump. Pas de quoi entamer l’espoir de voir la démocratie arriver un jour dans son pays pour Arash (le prénom a été changé), dont Radio Classique a recueilli le témoignage, et qui vient tout juste de quitter l’Iran.

 

 

Arash est arrivé à Paris il y a trois jours. Il a quitté l’Iran avec ses parents âgés, en passant par l’Arménie. « Mon père a besoin de traitements médicaux qui n’existent plus en Iran à cause de la guerre. Nous devions venir le soigner en Europe, sinon son cancer pouvait revenir. J’ai voulu emporter avec moi toutes les choses importantes, au cas où je ne pourrais jamais revenir ou si notre maison était détruite. Mais on a tout oublié. »

Lorsque les combats commencent le 28 février, Arash se trouve dans le sud de l’Iran.

« Je me suis réveillé au son des explosions — les vitres de la maison tremblaient —, puis je suis allé faire réparer ma voiture. En marchant, une explosion m’a projeté de deux à trois mètres. Je ne suis pas tombé, mais c’était brutal et effrayant. En voiture, j’ai pris des gens dans la rue avec moi ; il n’y avait pas de taxi. Ils étaient effrayés, ils voulaient partir. »

Téhéran « ressemblait à Gaza, avec des checkpoints partout »

Trois heures après le début de son voyage, un ami l’appelle pour lui annoncer la mort de l’Ayatollah Ali Khamenei.

« J’étais sûr que le régime allait tomber en quelques heures ou quelques jours. C’était un mélange de sentiments contradictoires, parce que ce régime nous a fait beaucoup souffrir, moi et ma nation. Mais j’étais très inquiet de ce qui allait arriver ensuite — allions-nous devenir comme la Libye, la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan ? Je ne suis pas certain que si le régime tombe, nous aurons une meilleure vie. »

De retour dans la capitale, Arash vit dans l’angoisse permanente alors que les bombes pleuvent sur Téhéran.

« Il y avait tellement d’explosions. Une fois, alors que je conduisais sur une route, j’ai vu douze, treize immeubles complètement détruits. Ça ressemblait à Gaza. Il y a des checkpoints partout. Ce sont des endroits très dangereux, car ils sont visés par Israël. »

« Je veux être en Iran, quoi qu’il arrive »

Face à la menace du président américain de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Arash n’a qu’une hâte : retourner dans son pays.

« Je ne veux pas être en dehors de l’Iran alors que c’est la guerre. Quoi qu’il arrive à mon pays, je veux y être. Parce que j’aime mon pays, même si c’est l’âge de pierre. Je ne veux pas que l’Iran soit séparé en plusieurs pays. Bien sûr, je préfère un gouvernement démocratique, mais je suis certain que les États-Unis et Israël ne nous donneront jamais un régime démocratique. »

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Malgré son opposition farouche au régime, Arash se résigne à s’en remettre aux mollahs et à leur armée.

« J’ai besoin de militaires pour faire face à Donald Trump. Je suis très triste de dire cela. Les pires choses que j’ai vécues dans ma vie sont arrivées à cause du gouvernement et de l’armée. Même si ce sont des tueurs, des primitifs — malgré tout ce qu’ils sont —, on les connaît. Maintenant on a besoin d’eux pour ne pas laisser ces idiots ramener notre pays à l’âge de pierre. Après ça, on saura quoi faire de ces imbéciles de l’armée et du gouvernement. On doit avoir une démocratie. On va travailler pour cela. Il faut que nous soyons plus courageux, plus unis en tant que nation iranienne. Et j’en suis sûr : ce sera possible. »

Laurie-Anne Toulemont

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