Le temps d’un soir à Paris, des musiciens et chanteurs, pour la plupart iraniens ou franco-iraniens, se sont retrouvés pour faire vivre la culture iranienne, invisibilisée par la guerre et opprimée par le régime des mollahs. Le concert en soutien au peuple iranien était organisé au « Consulat Voltaire », un lieu de création qui organise régulièrement des expositions, des concerts, et des conférences.
Assise au centre de la scène du « Consulat Voltaire », entourée de musiciens, Aïda Nosrat chante et se souvient du bruit des bombes de son enfance, durant la guerre entre l’Iran et l’Irak. Aujourd’hui, ce cauchemar recommence pour les enfants iraniens : « Il y a une douleur intense, une peine immense dans mon cœur. Quand je chante, je dois lutter pour empêcher les larmes de monter. Il y a aussi une grande colère en moi. »
« Téhéran est une ville immense, plus grande que Londres »
En France depuis dix ans, elle ne reçoit que très peu de nouvelles de ses proches en Iran, où l’accès à Internet est sévèrement limité par le régime : « J’ai beaucoup de chance : l’une de mes amies dispose d’une connexion Internet, même si cela est très risqué pour elle. Grâce à son téléphone, j’ai pu parler avec mes parents. Heureusement, ils habitent en banlieue, loin du centre. Téhéran est une ville immense, plus grande que Londres. J’espère qu’ils resteront en sécurité. Mon plus grand espoir est que cette guerre s’arrête, quelles que soient les circonstances. »

À ses côtés, Pouya Khoshravesh fait glisser son archet sur son kamancheh, une sorte de violon vertical. Pour pouvoir en jouer librement, il a dû fuir l’Iran en 2013 : « Je jouais avec mon oncle, un chanteur reconnu en Iran, et nous avions constamment des problèmes. Après chaque concert, les autorités venaient l’interroger : « Qu’avez-vous récité comme poésie ? Il ne fallait pas dire cela. » Ils ont tenté de supprimer la musique. En Iran, lorsqu’un musicien joue à la télévision, les instruments ne sont pas montrés à l’écran. On place une fleur devant eux, car ils sont interdits. Je ressens à la fois de l’inquiétude et de la joie, dans l’espoir que très bientôt, nous verrons un Iran libre. »
Les Iraniens, « un peuple magnifique, fort et courageux »
Entre alors sur scène la danseuse soufie Sahar Dehghan, le visage voilé par sa chevelure. Elle tourne, tourne, et ses mains se libèrent.
« Nous ne voulons pas que notre musique soit enterrée, ni nos danses. Avant 1979, avant la révolution islamique, la danse était permise en Iran. Il y avait même des festivals de danse contemporaine, Martha Graham y avait sa place. Avec la liberté que j’ai ici, je peux au moins faire cela : montrer notre belle culture, notre richesse, et cette raison pour laquelle nous tenons debout malgré les difficultés.
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Je ne suis pas sous les bombes, mais je pense que même si je l’étais, même dans une cave souterraine, je continuerais de danser et de raconter des contes aux enfants pour qu’ils n’aient pas peur. J’espère que les gens n’associeront pas le peuple iranien à quelque chose de négatif, car dans ce chaos, il n’y est pour rien. Ce peuple est magnifique, fort et courageux. »
« Il y a des divergences au sein de la diaspora iranienne. La musique peut être une forme de communion »
Lorsque la mezzo-soprano Ariana Vafadari entonne une chanson populaire iranienne, le public reprend en chœur. Un moment de paix suspendu. À l’origine du concert, la dramaturge Sonia Hossein-Pour : « Je n’arrivais pas à rester les bras croisés. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, aider les gens à se consoler face à ce qui se passe. Il existe de nombreux récits très différents autour de l’Iran, dans lesquels on ne se retrouve pas toujours. Il y a aussi de profondes divergences au sein de la diaspora iranienne sur ce qui se passe, elle est très déchirée. La musique peut être une forme de réconfort et de communion. »
Laurie-Anne Toulemont
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