Madame Butterfly, Turandot : d’où vient la fascination de Giacomo Puccini pour l’Asie ?

Sergei Bobylev/TASS/Sipa USA/SIPA

Madame Butterfly et Turandot. Deux opéras de Puccini dont l’intrigue se situe en Asie. D’un côté, une tragédie japonaise où un officier américain débarque à Nagasaki et épouse à la légère une ancienne geisha, Cio-Cio-San se dévouant tout entier à son mari. De l’autre un conte chinois, où la fille de l’Empereur, Turandot, est promise à celui qui saura répondre à ses trois énigmes… Mais d’où vient cette fascination du maestro pour l’Orient ?

Quand Puccini voit le jour le 22 décembre 1858, il y a deux Asie. Celle que l’on se plait à rêver et celle que l’on domine. C’est la Chine des ombrelles et de la soie, et celle d’un empire meurtri par les guerres d’opium où brûle le Palais d’Eté en 1860. C’est le Japon du « Japonisme », celui que l’on admire à travers les estampes, la poésie et la philosophie zen, et celui que l’on contraint par voie diplomatico-militaire à s’ouvrir à la puissance émergente du Nouveau Monde avec la signature du Traité de Kanagawa en 1854.

Puccini, comme tout un tas d’artistes de son temps, sera influencé par cette culture venue d’ailleurs. Preuve en est avec son opéra Madame Butterfly, qui ne se contente pas juste de placer un décorum au Japon par souci d’exotisme, mais d’instaurer un dialogue entre l’Occident et l’Orient. En combinant, par exemple, de la musique italienne avec des chants traditionnels japonais. En apportant à un phrasé mélodique européen un esprit de concision directement inspiré des haïkus. En s’inspirant de photographies et d’estampes du Japon pour s’informer des modes vestimentaires et de l’architecture du pays.

Turandot est resté inachevé

Un regard fasciné, mais aussi conscient de la relation compliquée qu’entretiennent ces deux cultures : n’est-il pas question dans Madame Butterfly, d’une histoire d’amour impossible entre deux êtres que tout oppose ? D’une situation sans lendemain entre Pinkerton, un officier de la Marine américaine venu simplement s’amuser par soif d’aventure et envie d’exotisme – « « Partout dans le monde, / Le Yankee vagabonde. / Il en profite et trafique / Méprisant les risques. » – et Cio-Cio-San, une jeune geisha de 15 ans, qui, élevée dans le respect des traditions, est prête à transgresser sa propre culture pour honorer son devoir conjugal : « Au Dieu du Seigneur Pinkerton, Je m’incline. » La suite on la connaît : Pinkerton laisse seuls femme et enfant pour refaire sa vie en Amérique, provoquant le suicide de Cio-Cio-San.

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Son autre grande incursion en Asie est son dernier opéra, Turandot, resté inachevé du fait de la mort de son auteur, en 1924. Là encore, Puccini va s’intéresser à la culture du pays qu’il revisite, la Chine, en s’inspirant notamment de chansons traditionnelles chinoises et même… d’une boîte à musique ! Parmi elles, la comptine Mo Li Hua (« fleur de jasmin ») qui sera repris comme thème musical pour le personnage de Turandot.

Clément Serrano

 

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