Le prince Carlo Gesualdo, compositeur et assassin : le crime le plus célèbre de la musique classique

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Le prince Carlo Gesualdo fait mettre à mort sa femme et l’amant de celle-ci après les avoir surpris en flagrant délit d’adultère. La musique torturée composée 20 ans après ce tragique évènement agira comme un exutoire à sa culpabilité dévorante.

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Carlo Gesualdo naît au moment le plus glorieux de l’histoire de sa famille. Les chroniques nous disent que le mariage de ses parents en 1561 a donné lieu à des fêtes absolument extravagantes, qui laissent présumer de l’importance politique et diplomatique d’une telle union.

Sa mère, Geronima, donne naissance à quatre enfants. Carlo, qui naît le 8 mars 1566 à Venosa, est le benjamin, précédé par un frère aîné et par deux sœurs. Il n’est donc pas destiné à hériter du titre de prince, même s’il grandit dans les somptueuses demeures de sa famille.

Les Gesualdo ont une cour. Fabrizio est connu pour avoir été le protecteur de compositeurs importants, actifs à Naples pendant toute cette période, dont le fameux Jean de Macque, qui a probablement été l’un des professeurs de Carlo.

Le destin de Carlo Gesualdo bascule en 1584, avec la mort de son frère

En tant que dernier-né, il se destine à une carrière ecclésiastique. Mais son frère aîné, Luigi, fait une chute de cheval en 1584, et cela chamboule tout, puisque Carlo devient héritier du titre de prince de Venosa à l’âge de 18 ans. Plus question d’aller au séminaire : il rentre précipitamment sur les terres des Gesualdo, auprès des siens. C’est une nouvelle vie qu’il va devoir se réinventer.

C’est son père qui lui choisit une épouse. Il jette son dévolu sur Maria d’Avalos, la fille de sa propre sœur, qui est donc la cousine germaine de Carlo. Le jeune prince n’a pas son mot à dire, mais compte tenu du lien de parenté, il faut demander une autorisation spéciale du pape.

Le poète Le Tasse a vanté la beauté de la femme de Gesualdo

Maria est non seulement belle, mais elle est pleine de talent. C’est un sonnet du poète italien Le Tasse qui nous permet de le dire, puisqu’il est lié à la famille d’Avalos.

«Et puis votre beauté, avec une lumière plus grande encore, sut rendre féconde la valeur et la vertu, et faire qu’un chef cède à une belle dame.»

Les époux s’installent dans le palais Sangro, sur la place San Domenico de Naples. Les signes de fécondité ne vont pas tarder à se manifester puisque Maria, assez vite, met au monde l’héritier tant attendu.

Gesualdo, également musicien, compose sous la férule de Jean de Macque. Il devient en quelque sorte son propre mécène, à une époque où c’est l’aristocratie et l’Église qui financent la création musicale. Gesualdo en vient à rivaliser avec un certain nombre de musiciens de métier, ce qui lui donne une position absolument unique dans le paysage musical de l’époque, surtout si on le compare, par exemple, à son contemporain Claudio Monteverdi, qui, lui, dépend entièrement de la générosité des princes qui lui servent de mécènes.

Gesualdo apprend l’infidélité de sa femme

En 1590, des rumeurs se mettent à circuler sur l’infidélité de son épouse. Gesualdo apprend qu’elle a été séduite par Fabrizio Carafa, comte d’Andria.

La nuit du mardi 16 au mercredi 17 octobre 1590, il arrive avec des sbires et fait mettre sa femme à mort, et son amant aussi, surpris tous deux en flagrant délit d’adultère.

Gesualdo n’a probablement pas lui-même commis le crime, mais il se serait acharné sur le cadavre de sa femme. Pour certains, c’est ce qui est le plus choquant.

Un double crime commandité par Gesualdo qui le met au ban de son milieu

Pourtant, l’affaire se conclut par un non-lieu ordonné par le vice-roi, comme le précisent les lignes du rapport : « Affaire qui n’a pas été poursuivie sur ordre du seigneur vice-roi, étant donné la notoriété de la juste cause qui poussa don Carlo Gesualdo, prince de Venosa, à tuer sa femme et le duc d’Andria. »

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Le double crime va marquer les esprits dans toute l’Europe. Le vice-roi essaie d’étouffer l’affaire, en vain. Gesualdo va payer le prix de ses actes en se trouvant au ban de l’aristocratie napolitaine. La famille de Fabrizio Carafa va renoncer à la vengeance, dissuadée par l’éloignement de Gesualdo, retranché dans une localité isolée à une centaine de kilomètres à l’est de Naples.

Franck Ferrand

 

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