La pollution de l’air altère le fonctionnement du cerveau, selon une nouvelle étude

istock

La pollution de l’air en France tue. On recense au moins 40 000 décès prématurés chaque année. Selon les résultats d’une étude scientifique française qui vient d’être publiée, les polluants agissent aussi sur le fonctionnement du cerveau et entraînent une baisse des performances cognitives.

100% des habitants d’Île-de-France sont exposés aux particules fines

Les chercheurs ont analysé les données de plus de 61 000 français qui font partie d’une cohorte épidémiologique et ont fait passer à chacun un test de performances cognitives censé mesurer les performances de leur cerveau. Claudine Berr épidémiologiste, chercheuse à l’INSERM, l’institut national de la santé et de la recherche médicale et à l’institut des neurosciences de Montpellier, nous décrit la spécificité de ces tests : « chaque personne est restée une demi-heure avec une neuropsychologue qui leur a fait passer des tests. On a étudié leur capacité exécutive, c’est-à-dire tous ce qui est nécessaire pour pouvoir planifier, organiser, élaborer des stratégies ou gérer le temps et l’espace. Nous avons ensuite évalué leur mémoire et leur capacité de fluence verbale, c’est-à-dire la façon dont l’on trouve nos mots. Nous avons fini par des examens plus globaux qui résument le fonctionnement de notre corps ». Les chercheurs ont ensuite déterminé pour ces mêmes Français le niveau de leur exposition à la pollution de l’air : « c’est à partir de leur lieu de vie que l’on a pu connaître leur localisation géographique et identifier quel était le niveau de pollution de leur environnement de résidence ».

A lire aussi

 

L’exposition aux particules fines augmente de 20% le risque de démence

Trois polluants bien connus et issus notamment du trafic routier ont été pris en compte : les particules fines PM2.5, le dioxyde d’azote et le carbone suie. Claudine Berr et ses collègues ont ensuite comparé les tests cognitifs avec l’exposition à la pollution. Résultat : le score des personnes les plus exposées est inférieur de 1 à 5% à celui des individus les moins touchés par la pollution : « ces atteintes sont principalement visibles au regard des tests qui évaluent les fonctions exécutives et les affluences verbales. Grâce à un travail sur un important échantillon de personnes, la force de l’étude réside sur sa capacité à faire apparaître des effets relativement faibles au niveau de l’individu mais néanmoins importants ». Les différences de score sont certes faibles au niveau individuel mais à l’échelle d’une population, cela est significatif. Alors comment ces polluants détériorent le fonctionnement de nos cerveaux ? Plusieurs hypothèses sont possibles : « on sait que ces polluants traversent nos poumons et que cela peut créer des phénomènes d’inflammation systémique passant par le sang et atteignant le cerveau. Le deuxième problème est dû aux particules fines. En effet en respirant par le nez ces particules touchent le nerf olfactif qui s’avère être un chemin de passage direct vers le cerveau ».

A lire aussi

 

Cette étude n’est pas la première à observer les conséquences néfastes de la pollution sur nos capacités mentales. Claudine Berr a ainsi publié une autre étude montrant que l’exposition aux particules fines augmente de 20% le risque de démence : « à travers ces études, l’augmentation du risque de démence, de la maladie d’Alzheimer, et l’accélération du déclin cognitif sont visibles. Nous pensons donc que ce type de résultat peut entraîner des mesures afin d’empêcher l’exposition à la pollution de l’air externe ». La pollution de l’air demeure donc un enjeu majeur de santé publique. Si les niveaux de pollution ont baissé ces dernières décennies en France, 100% des habitants de l’Île-de-France, par exemple, restent exposés aux particules fines, à des niveaux supérieurs aux valeurs limites recommandées par l’Organisation mondiale de la santé.

Baptiste Gaborit 

Retrouvez 3 minutes pour la planète