JO de Pékin : La neige 100% artificielle interroge aussi sur le cas des stations des Alpes

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La cérémonie d’ouverture officielle a lieu ce vendredi 4 février à Pékin, pour les 24ème jeux Olympiques d’hiver. Ils sont déjà décriés pour leur impact environnemental car les compétitions de ski ou encore de biathlon vont se dérouler à une centaine de kilomètres de la capitale chinoise, à 100% sur de la neige artificielle.

A Sotchi, en 2014, on avait déjà 80% de neige artificielle, un taux qui est monté à 90 % à Pyeongchang, en Corée

Les images des pistes de ski alpin de ces JO de Pékin sont frappantes, celles de rubans blancs, avec autour des broussailles arides, sans neige. Pour la première fois de l’histoire des JO, 100% de la neige est artificielle. Martin Müller est géographe à l’université de Lausanne, spécialiste de la durabilité des grands évènements comme les JO. Il explique que la neige artificielle est devenue presque incontournable : « à Sotchi, en 2014, on avait déjà 80% de neige artificielle, un taux qui est monté à 90 % à Pyeongchang, en Corée, et maintenant on est à 100% ». Rien d’étonnant, il n’y a pas cette année de déficit d’enneigement dans la région, les montagnes ne sont pas traditionnellement enneigées.

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Selon certains spécialistes, il a fallu 2 millions de m3 d’eau pour produire cette neige, l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville chinoise de plus de 10 000 habitants. La région est aride, avec peu de précipitations naturelles, où on manque d’eau. « Il faut des quantités de neige bien plus importantes que dans les stations de ski, car c’est une zone où il ne neige pas » poursuit Martin Müller. Les autorités assurent que les ressources en eau sont suffisantes dans la région, mais au-delà de Pékin, c’est bien le modèle des jeux d’hiver qui est aujourd’hui menacé, avec le réchauffement climatique. Dans une étude publiée le mois dernier, les chercheurs estiment ainsi qu’au rythme actuel de réchauffement, sur les 21 anciennes villes-hôtes des jeux d’hiver, seule une, Sapporo au Japon, disposera de conditions assez fiables pour accueillir les JO en fin de siècle.

Les Jeux d’hiver peuvent-ils se maintenir avec le modèle actuel ?

Partout ailleurs, l’enneigement diminue, et très vite, comme dans les Alpes. Samuel Morin, le directeur du Centre national de recherche météorologique, confirme que les scientifiques ont constaté qu’il y avait 1 mois d’enneigement en moins en 50 ans, parce qu’il fait plus chaud, il neige moins. Et le manteau neigeux fond plus tôt. Dans beaucoup de stations françaises, la neige artificielle fait déjà partie de leur fonctionnement courant, mais cela ne pourra pas durer éternellement. Hugues François, chercheur à l’INRAE de Grenoble : « il y aura des choix à faire, pour savoir vers quelle activité orienter quelle ressource, qu’elle soit naturelle ou économique. Aujourd’hui beaucoup d’économies dépendent de ces sports d’hiver, donc il faudra accompagner des territoires vers d’autres formes de développement qui seront plus compatibles avec les futures conditions climatiques ». Cela pose la question de l’adaptation de ces stations au changement climatique, avec une diversification en cours des activités. Concernant les Jeux d’hiver, peuvent-ils se maintenir avec le modèle actuel ? Oui techniquement, mais est-ce possible en termes d’image ? ils vont devoir être repensés, devenir par exemple plus modestes pour aller dans des stations plus en altitude avec de la neige naturelle.

Baptiste Gaborit

 

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