Guerre en Ukraine : Decathlon ferme ses magasins en Russie, quelle est la véritable raison ?

Valery Sharifulin/TASS/Sipa USA/SIPA

Le géant du sport, Decathlon a annoncé le 29 mars la fermeture de ses 60 magasins en Russie. Le groupe signale qu’il ne cède pas à l’opinion publique et justifie cette décision par l’impossibilité d’approvisionner les magasins sur place.

Decathlon n’arrive plus à s’approvisionner normalement car l’essentiel de ce qu’il vend est produit en Chine

Decathlon va abaisser le rideau de ses 60 magasins et de son site d’e-commerce en Russie. Attention, le leader mondial de la distribution d’articles de sport ne quitte pas le pays et ne recule pas sous la pression de l’opinion publique, très remontée contre les entreprises étrangères. Le groupe suspend ses activités mais maintient ses affaires sur le marché russe. En effet, si l’enseigne détenue par l’Association familiale Mulliez qui contrôle aussi Auchan ou Leroy-Merlin bat un peu en retraite c’est davantage pour une raison pratique. Le groupe n’arrive plus à s’approvisionner normalement car l’essentiel de ce qu’il vend est produit en Chine. Si officiellement le courant commercial entre la Chine et la Russie n’a pas été coupé, la logistique est perturbée. Le distributeur entend surtout respecter scrupuleusement les sanctions internationales instaurées contre la Russie qui l’empêchent par exemple de facturer des opérations en dollars.

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La fermeture de l’enseigne Decathlon entraînera-t-elle celle des autres magasins détenus par la famille Mulliez, tels Auchan ou Leroy-Merlin ? À court terme on aurait tendance à répondre par la négative. D’ailleurs le patron d’Auchan, Yves Claude, l’a rappelé dimanche dans le JDD. Le maintien de son activité sur place est justifié par les dizaines de milliers d’employés qui ne sont pas responsables de la guerre. Il ajoute qu’il rend un service essentiel en contribuant à nourrir la population. Selon lui, si l’enseigne fermait, cela pourrait être considéré comme une forme de faillite frauduleuse et leurs biens risqueraient d’être saisis par les autorités russes. Pour Leroy-Merlin qui est sur le marché du bricolage, l’argument du commerce essentiel est un peu plus dur à tenir. Pourtant, l’enseigne n’est pas dans la même situation que Decathlon. Le leader mondial de la distribution d’articles de sport importe la très grande majorité de ce qu’il vend tandis que Leroy-Merlin s’approvisionne à 90% sur le marché domestique russe. L’enseigne spécialisée en bricolage peut donc continuer à vendre sans rompre un embargo.

 

Le groupe Mulliez, propriétaire de Decathlon, craint des sanctions de la part des Américains

La fermeture de la marque française nous permet tout de même de tirer quelques leçons. Tout d’abord, il semble que plus on est gros en Russie, plus il est dur d’accepter de se tirer une balle dans le pied. Ensuite, même si l’on pèse sur le marché, le choix ne nous est pas toujours offert. En effet, Decathlon pourrait essayer de continuer en se faisant livrer de Chine mais le groupe s’exposerait à terme à des sanctions américaines. Les Mulliez ont également beaucoup d’actifs dans le monde. Ils voyagent énormément et l’Histoire a prouvé qu’il ne fallait pas prendre les Américains à la légère. Les Etats-Unis peuvent vous imposer des amendes à plusieurs milliards d’euros et vous jeter en prison. La dernière leçon c’est qu’en affaires, il ne faut pas avoir tous ses œufs dans le même panier. Lorsqu’on dépend trop d’un pays comme fournisseur ou comme client, cela représente des risques considérables. Depuis deux ans et la leçon du Covid, on sait qu’il faut diversifier sa base de fournisseurs. Depuis la guerre et les sanctions contre la Russie, on apprend qu’il faut avoir un chiffre d’affaires géographiquement le plus diversifié possible. D’ailleurs, la grande peur de nombreux groupes en 2022, qui se fournissent et vendent en Chine, est qu’un jour un incident avec Pékin coupe ce pays du reste du monde.

 David Barroux 

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