Une nouvelle salle de concert ouvrira ses portes en juin 2026 à Evian ! Elle est spécialement vouée à la musique de chambre et deviendra le nouveau lieu de représentation officielle des Rencontres Musicales d’Evian. Invité de la matinale, Philippe Chiambaretta, l’un des deux architectes de la salle Foriel-Destezet, revient sur cette création répondant aussi bien aux défis de l’acoustique qu’aux contraintes climatiques actuelles.
Caché au milieu de la forêt de mélèzes, il y a déjà un édifice mythique : La Grange au Lac. Faite uniquement de cèdre et de pin, elle sera accompagnée à partir de juin 2026 par la toute nouvelle salle Foriel-Destezet. L’un des deux architectes, Philippe Chiambaretta, présente le projet : « On n’est ni dans une boîte à chaussure ni dans un vignoble, c’est une sorte de troisième conception qui pourra accueillir jusqu’à 500 personnes. Elle est spécialement conçue pour la musique de chambre, on a donc dû tout prendre en compte jusqu’à l’épaisseur des coussins. »
Contrairement à la Grange au Lac, connue pour une résonance ressemblant à l’intérieur d’un violon, la salle Foriel-Destezet suit une autre ligne directive : « Renaud Capuçon, le directeur artistique des Rencontres d’Évian, nous a demandé d’avoir un son clair et soyeux. Mais pour obtenir un tel son, ça ne se mesure pas, ça s’écoute. Alors même si on doit ajuster la matière des fauteuils ou l’épaisseur du coussin, à la fin on fait toujours appel à un musicien car c’est le seul capable de décrire de tels sons . »
Le lieu a été spécialement conçu pour le confort des musiciens, mais aussi pour le respect de la nature. Construit avec des matériaux naturels et locaux, il vise à préserver les arbres, la flore, la faune locale et à s’implanter le mieux possible dans la topographie de la forêt pour respecter les ressources d’eau en sous-sol et leur écoulement naturel.
Un parcours atypique au service de projets ambitieux
Ingénieur de formation, Philippe Chiambaretta a embrassé l’architecture tardivement à 37 ans : « J’ai suivi un parcours assez classique pour la France où on s’oriente vers les grandes écoles, donc j’ai fait des maths, de la physique, et une école d’ingénieur. Mais je m’ennuyais pas mal et j’ai voulu tout quitter et devenir artiste. Et puis j’ai eu la chance de rencontrer cet architecte très important, Ricardo Bofill, qui m’a engagé pour diriger son agence et j’ai trouvé ça tellement passionnant que j’ai décidé de faire une troisième vie et de revenir à l’école pour étudier l’architecture. »
C’est justement son parcours très diversifié qui a permis de nourrir son approche de l’architecture, et de lancer sa propre agence PCA-Stream. Actuellement, parmi ses projets phares figure le Centre Pompidou francilien à Massy, prévu pour 2026 : « C’est déjà un grand honneur d’avoir été choisi pour réaliser ce projet. Mais ce que j’ai vraiment intéressant, c’est qu’il apporte l’art contemporain, qui peut être assez élitiste et enfermé dans Paris, à l’intérieur des banlieues. C’est un projet qui est soutenu par la région d’Île-de-France et qui vise vraiment à promouvoir la culture locale. »
Dans ce projet, Philippe Chiambaretta a voulu rendre hommage au bâtiment original du 4ème arrondissement de Paris, tout en l’adaptant au 21ème siècle : « On a voulu rendre hommage à Renzo Piano, l’un des deux architectes du Centre Pompidou. Donc vous allez retrouver ces grandes façades cursives, mais elles ne seront plus en métal, mais en bois. Il va y avoir aussi des petits clins d’œil comme une chenille dans l’escalier qui est un peu le logo du musée. Pour nous, c’est une façon de traduire l’architecture du 20ème siècle à celle d’aujourd’hui. »
Repenser l’urbanisme face aux défis climatiques
Pour faire face aux défis climatiques, Philippe Chiambaretta a développé une toute nouvelle vision de l’architecture : « Aujourd’hui, on est entré dans une nouvelle ère de l’humanité dans laquelle la construction fait partie d’un des facteurs du réchauffement climatique puisque le secteur du bâtiment doit représenter 40% d’émission de CO2. On ne peut pas se contenter de changer de matériaux pour pallier ce problème, il faut avoir une approche beaucoup plus générale, on doit devenir des médecins des villes grâce à l’urbanisme. »
En 2020, une concertation avait révélé que les Parisiens et Grands-Parisiens souhaitaient une avenue des Champs-Élysées plus verte et plus authentique. Philippe Chiambaretta est l’un des architectes qui a pour objectif de reverdir en profondeur la célèbre avenue d’ici 2030.
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C’est avec une approche chirurgicale qu’il compte bien y arriver : « Dans les années 50, des enfants jouaient dans les parcs aux alentours, mais depuis les années 2000, il ya eu un véritable désamour des Champs-Élysées. On doit donc développer une approche digne d’un CHU et faire des recherches sur nos patients, les Parisiens, pour comprendre comment notre histoire a modifiée nos pratiques. Et je pense que cette solution devrait être utilisée par toutes les villes du monde pour partager nos résultats et trouver une solution de manière globale. »
Alessandra Wyak
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