Dans son livre Les maîtres chanteurs du IIIe Reich, paru aux éditions Perrin en avril, l’enseignante et historienne Isabelle Mity propose un éclairage inédit sur la bande-son du national-socialisme, un régime qui instrumentalisa la musique pour en faire un outil d’éducation, de conquête, de contrôle, de séduction, mais aussi de déshumanisation.
Sous-titré « Musiques et musiciens sous le nazisme », le passionnant ouvrage écrit par Isabelle Mity, enseignante, historienne et collaboratrice du magazine Historia, autrice en 2022 du livre Les actrices du IIIe Reich. Splendeurs et misères des icônes du Hollywood nazi, explore une funeste période au cours de laquelle le régime totalitaire allemand fit de la musique une arme de distraction massive mais également un outil de propagande à travers son instrumentalisation idéologique.
À travers 336 pages, le livre propose à la fois le panorama des compositeurs et des répertoires prisés par un régime qui, parallèlement, fustige et met à l’index la Entartete Muzik (musique dégénérée), notamment celle des artistes juifs. Une véritable stratégie politique orchestrée par Joseph Goebbels, le ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du IIIe Reich nommé par Adolf Hitler.
Richard Strauss et Wilhelm Furtwängler considérés par certains comme des « laquais du Reich »
Le livre d’Isabelle Mity est divisé en trois grandes parties. La première, intitulée « Au tempo des nazis », revient notamment sur le lien étroit qu’entretenait Hitler avec la musique et principalement sa passion, dès son plus jeune âge, avec l’œuvre de Richard Wagner mais aussi son rejet pour les musiciens d’origine juive ou ceux, comme Johannes Brahms, qu’il qualifia de « phénomène de salon porté aux nues par la Juiverie ».
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Dans cette première partie, sont également décrites la manière dont la propagande nazie a fait passer la musique d’un outil de séduction à une arme de conquête et les liaisons équivoques entretenues par le régime nazi avec de grands noms de la musique allemande comme le compositeur Richard Strauss et le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler, considérés par certains comme des « laquais du Reich ».
Le jazz et le swing pour tenter de troubler les alliés
Dans la deuxième partie du livre, « La guerre en musique », Isabelle Mity explique comment la musique imposée (ou supportée) par le régime nazi pendant la seconde guerre mondiale a envahi le monde entier notamment grâce à sa diffusion à la radio.
Des marches militaires aux musiques de films de propagande en passant par de grands « tubes » comme Lili Marleen et La Paloma mais aussi, paradoxalement, le jazz et le swing dont Goebbels se servit pour tenter de prendre les alliés à leur propre jeu en en diffusant « avec des paroles en anglais mais avec des paroles susceptibles de troubler l’ennemi ».
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Le dernier chapitre, intitulé « À la mort, à la vie », touche le lecteur au plus profond de son cœur et de son âme car il s’attache à montrer combien ma musique était présente dans les camps de concentration et d’extermination.
D’abord des hymnes nazis diffusés par des haut-parleurs pour déshumaniser et humilier les prisonniers puis de la musique jouée par des orchestres composés de détenu(e)s afin de distraire et « maintenir le moral » des soldats allemands, sachant, comme l’explique Isabelle Mity, que « savoir jouer d’un instrument ou être un musicien professionnel a considérablement augmenté les chances de survie d’un certain nombre de déportés ».
Erich Wolfgang Korngold : « Je crois que Mendelssohn survivra à Hitler »
En conclusion de son livre, Isabelle Mity évoque les traces indélébiles que cette période a laissée dans la vie musicale de l’après-guerre tant en Europe qu’Outre-Atlantique où ont émigré un grand nombre de musiciens souvent d’origine juive comme le compositeur autrichien Erich Wolfgang Korngold qui déclara à son arrivée à Hollywood en 1934 « Je crois que Mendelssohn survivra à Hitler ».
Un exemplaire des Maîtres chanteurs du IIIe Reich sera mis en jeu la semaine prochaine dans le jeu du Compositeur mystère que propose Pauline Lambert dans son émission « Changez d’air » sur Radio Classique du lundi au vendredi de 9H30 à 12H00.
Philippe Gault
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