Avec son nouveau film, L’Objet du délit, mercredi en salles, Agnès Jaoui livre une comédie enlevée, autour d’un imbroglio après une accusation d’agression sexuelle émise pendant les répétitions d’un opéra.
Dans ce long-métrage qui se déroule entre Paris et le Luberon, une jeune chanteuse accuse une star de l’opéra de l’avoir agressée lors des répétitions des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart.
Les tensions montent entre les générations, chacun est sommé de choisir son camp. La représentation pourra-t-elle se tenir ?
Un film de troupe, projeté la semaine dernière hors compétition au festival de Cannes et en salles mercredi, dans lequel Agnès Jaoui joue elle-même une des chanteuses et Daniel Auteuil le chef d’orchestre. La metteuse en scène de l’opéra, incarnée par Claire Chust, est une influenceuse de mode qui veut inverser les rapports, injecter de la sororité. Elle réclame des phallus géants dans son décor. Eye Haïdara, Patrick Mille, Jacques Weber figurent également au casting.
« Les Noces de Figaro témoignait d’une avancée pour les droits des femmes »
Pour son premier écrit et réalisé sans Jean-Pierre Bacri, dont elle était inséparable et qui a disparu en 202, Agnès Jaoui épingle les excès des plus conservateurs comme des plus en pointe.
« C’est vrai que voir des mouvements féministes se dresser les uns contre les autres, comme de voir la gauche se diviser, (…) cela me désespère parfois et j’avais aussi envie d’en parler. À travers ce film je pose la question : Pourquoi les droits des femmes avancent finalement si lentement et jamais définitivement ? », explique la réalisatrice.
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Agnès Jaoui n’a pas choisi Les Noces de Figaro par hasard. « Un opéra du XVIIIe qui témoigne aussi d’une avancée pour les droits des femmes. Mais finalement, qu’est-ce qui a vraiment changé depuis ? », justifie-t-elle.
Le titre lui a été inspiré par le fait que « très vite, quand on dit « agression sexuelle », le cerveau s’arrête et c’est l’émotionnel qui prend le relais. Donc on ne sait plus quel est l’objet du délit et on ne sait plus quels sont les faits. On ne veut pas les savoir en fait », selon la cinéaste.
Agnès Jaoui a eu une formation de chanteuse lyrique
Un mouvement #MeToo de dénonciation des atteintes aux femmes a aussi émergé dans l’opéra. Agnès Jaoui, qui a eu une formation de chanteuse lyrique, connaît bien le milieu, qu’elle présente de façon accessible et joyeuse. Elle chante elle-même par moments.
Agnès Jaoui manie toujours habilement ironie et retournements de situations, mais sans la touche d’humour grinçant de son ancien partenaire.
Agnès Jaoui a d’abord essayé d’élaborer un scénario comme avant, en duo avec une unique personne, mais « c’était impossible pour elle comme pour moi », rapporte la cinéaste. Puis le script a fait des allers-retours entre elle et Noé Debré, puis son frère Laurent Jaoui, Florence Seyvos et Emmanuel Salinger. Ce travail collectif a été « très fructueux, très riche » et lui a permis de surmonter ce deuil de l’écriture.
Philippe Gault (avec AFP)
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