L’English National Opera vit désormais sous pression, depuis l’annonce il y a un an de la suppression à venir d’un tiers de sa dotation publique. La deuxième compagnie lyrique de Londres négocie pour limiter les dégâts, mais une très mauvaise nouvelle a surpris les musiciens de l’institution.
Trouver des économies, oui, mais où ? Les dirigeants de l’English National Opera ont été prévenus en novembre 2022 : à terme, un tiers de la dotation publique, gérée par l’Arts Concil England sera supprimée. Une baisse drastique qui conduira d’ailleurs la compagnie à quitter Londres – 4ème ville la plus chère du monde – pour Manchester. L’an dernier, une pétition de soutien lancée par le baryton gallois Bryn Terfel avait recueilli plus de 63.000 signatures.
Depuis, des représentants de l’Arts Council et la direction d’ENO négociaient pour « tenter de sauvegarder » le périmètre d’activité de la compagnie. Négociations qui, à la surprise de l’orchestre, se sont traduites la semaine dernière par une proposition de la direction de supprimer 19 postes de l’orchestre (sur 69) et de proposer aux musiciens conservés des contrats à temps partiel.
Antonio Pappano met en garde sur le danger de disparition d’ENO
À peine cette annonce faite, le directeur musical de l’English National Opera, Martyn Brabbins a claqué la porte, alors que l’orchestre venait de triompher dans une représentation de Peter Grimes, l’opéra de Benjamin Britten. Une démission avec fracas, pour celui qui occupait ce poste depuis 2016 : « Il s’agit d’un plan de déclin organisé, plutôt que d’une tentative de reconstruire la compagnie et de maintenir la production artistique de classe mondiale, pour laquelle ENO est à juste titre célèbre ».
En face, la direction de l’English National Opera s’offusque d’une décision qualifiée de « brusque et surprenante ». Elle assure dans un communiqué que le chef d’orchestre avait participé à toutes les étapes des discussions et avait « convenu que la position commune avec l’Arts Council England en juillet 2023 était envisageable ».
L’ENO parmi les meilleurs orchestres du monde
Dans une lettre ouverte, publiée par le Times, deux anciens directeurs musicaux de l’institution Edward Gardner (Philharmonique de Bergen) et Sir Mark Elder (Hallé Orchestra de Manchester) et Sir Antonio Pappano (ROH), mettent en garde sur la « disparition » de l’English National Opera si les réductions de personnel proposées sont mises en œuvre.
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« Une compagnie d’opéra se définit par son chœur et son orchestre : leur passion, leur expertise et leurs connaissances. ENO est parmi les meilleurs au monde. Ces groupes se sont construits au fil de décennies d’expériences partagées. Ils possèdent des compétences collectives qui ne peuvent pas être ressuscitées… Dans le cadre de ce plan, l’entreprise ne sera plus qu’une coquille vide ! » déplorent les maestros.
Philippe Gault