Depuis 14 ans et son arrivée en septembre 2009, Guillaume Durand était la voix de la matinale de Radio Classique. A partir de la rentrée prochaine, David Abiker, présent au sein de la station depuis 2019 pour la revue de presse et Demandez le programme lui succèdera.
« Un ton, une voix, une figure, un peu l’âme de cette matinale. » Lucile Bréhaut ne s’y trompe pas. L’applaudimètre non plus. Affairé autour de Guillaume Durand pour sa dernière matinale, l’ensemble de la rédaction de Radio Classique sait ô combien la figure tutélaire du désormais ex-animateur manquera.
Que ce soit derrière votre poste de radio ou sur votre smartphone, la voix de Guillaume Durand accompagnait votre début de journée mais continuera à être présente à l’antenne les dimanches soirs.
« Ce mélange entre l’information et la musique, c’est tout ce que j’aime »
Passé par « France Télévisions et Europe 1 », c’est finalement à Radio Classique que l’ancien professeur d’histoire-géographie a passé ses plus belles heures. « Je ne sais pas pourquoi je suis venu, déclare-t-il, avec sa touche d’ironie. Mais par contre je sais pourquoi je suis resté. Pour ce mélange entre l’information et la musique, c’est à dire au fond entre la réalité et l’art, et c’est tout ce que j’aime. »
Il n’est pas question de faire quelque chose pour les auditeurs. Mais avec eux. Mais à leur service. D’être une voix parmi leurs voix. Tel est le mantra de Guillaume Durand. Le journaliste restera la saison prochaine au sein de Radio Classique et poursuivra l’animation de son émission culturelle « Bande à part, avec Guillaume Durand », proposée chaque dimanche de 19h à 20h.
Une excellente nouvelle pour son collègue et ami Christian Morin, arrivé en 2010 à Radio Classique. « Pour moi Guillaume Durand, son talent, c’est une palette de peintre. C’est à dire qu’il est capable de commencer sur un sujet, d’aller prendre du bleu, puis tout d’un coup du vert, puis un peu de jaune, un peu de rouge. »
Guillaume Durand, un talent et une force de courage
Au-delà du « grand talent du garçon » qui n’est plus à prouver, Guillaume Durand est un homme d’une grande bravoure. Le courage, c’est la grande épreuve du cœur et le choix de son dernier invité, Fabrice Grenard, auteur de Jean Moulin, le héros oublié, n’est pas anodin. Le tortionnaire n’était pas Klaus Barbie mais un cancer de la mâchoire, survenu en 2021. Et, comme lui, il a marqué de son empreinte son époque.
Après dix ans de collaboration à Radio Classique, Baptiste Gaborit peut en témoigner. « Ce sont des centaines de souvenirs et d’anecdotes. Je retiens ton talent, évidemment, et ta capacité à improviser. »
« C’est quelqu’un qui a l’air comme ça, d’être négligent, mais c’est un faux négligent. En vérité, il travaille énormément, il sait énormément de choses, il ne parle jamais au hasard. Ce n’est pas une interview, c’est un dialogue avec lui, ce qui en vérité est très agréable », explique l’ancien ministre Luc Ferry, habitué d’Esprits libres.
« Au fond, si je suis là et si on parle de moi, c’est surtout pour parler de Radio Classique »
Touché par cette pluie d’hommages, même s’il reconnaît que ce n’est pas naturel pour lui – « je suis très heureux d’être là mais l’auto-cérémonie, ce n’est pas mon truc » -, preuve d’une sincérité rare, Guillaume Durand laisse un cadre unique, « celui d’un studio assez proche de Radio Londres, avec une table en bois charmante en forme de planche de surf, des fils qui passent partout dans tous les sens ».
À lire aussi
Si l’homme a sa voix, si la nature a la sienne, les événements ont aussi la leur. Guillaume Durand, en 14 ans de matinale, a toujours pensé que la mission de l’animateur était de fondre dans un même groupe de chants cette triple parole.
Et à l’instar de Radio Classique, au style si particulier, la singularité de Guillaume Durand constitue un attrait certain : « Si je suis là et si on parle de moi, c’est surtout pour parler de Radio Classique ».
Oscar Korbosli