Vivaldi et le concerto pour violon ? Le concerto pour violon est Vivaldi ! Écartons-nous du poncif (« Vivaldi a composé 500 fois le même concerto ») pour comprendre à quel point le compositeur, l’instrument et le genre ne font qu’un : c’est ce à quoi se sont attachés Théotime Langlois de Swarte et les musiciens du Consort.
De sa prime jeunesse vénitienne aux derniers instants viennois, le Prêtre roux repousse les limites techniques ou académiques et crée sans relâche de nouvelles formes narratives : le parcours de toute une vie.
Cette dimension narrative du programme, où un soupçon de Legrenzi campe d’emblée l’ambiance dans laquelle baigna le jeune Antonio, se jumelle avec la métamorphose de l’instrumentarium selon qu’on évolue dans la sphère intime des premiers concertos (un instrument par partie), ou parmi les musiciens de l’orchestre de Dresde et ses effectifs opulents. Notre chercheur a mis la main sur une poignée d’inédits de toute beauté, dont l’édition originale dite « de Gênes » de L’Eté.
La fougue et la grâce
Vivaldi ne supportant pas la tiédeur, Théotime Langlois de Swarte n’a rationné ni la grâce qu’il prodigue aux mouvements lents, ni la fougue qu’il insuffle aux mouvements rapides. Rien de précipité pour autant dans ce jeu où la technique n’est jamais exhibée comme une fin en soi.
Le Concerto « Il ritiro » résume bien les qualités de notre soliste : une pudeur déchirante dans l’Andante, un jeu intériorisé dans la cadence du mouvement initial où un bariolage dans la grave succède de but en blanc aux pépiements aigus, un final plus fantasque, dont les larges intervalles lui permettent d’investir les registres extrêmes avec une grande sûreté d’intonation.
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Ses amis du Consort ont plus que droit au chapitre : comment refuser à Justin Taylor le paiement d’attention que mérite son clavecin – inventif, spirituel –, notamment dans les hypnotiques mouvements médians ? Epilogue mélancolique, avec l’émouvante chaconne du Concerto RV 583 que Vivaldi troussa pour la jeune Chiaretta avant de quitter Venise.
Jérémie Bigorie
Antonio Vivaldi : « Concerti per una vita ». Théotime Langlois de Swarte (violon), le Consort. Harmonia Mundi (2 CD)
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.
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