Le lundi 12 juin, « L’orchestre de la mer » a donné un concert inédit et émouvant à la Scala de Milan. Les instruments à cordes joués par de grands solistes ont tous été fabriqués par des détenus avec le bois des bateaux des migrants échoués à Lampedusa.
Les violoncellistes Mario Brunello et Giovanni Sollima, accompagné du violoniste français Gilles Apap et des musiciens de l’Accademia dell’Annunciata dirigés par Riccardo Doni ont longuement été applaudi ce lundi au Teatro alla Scala à Milan. Non seulement pour la qualité de leur interprétation d’œuvres notamment de JS Bach et Antonio Vivaldi ou Fritz Kreisler, mais surtout parce qu’ils ont joué, en hommage aux noyés de l’exil, sur des instruments réalisés à partir du bois issu des bateaux de migrants accueillis sur l’île de Lampedusa.
Tous confectionnés par des détenus dans l’atelier de lutherie de la prison de l’Opéra de Milan avec du bois délavé récupéré sur leurs embarcations de fortune, ces « violons de la mer » multicolores perpétuent la mémoire des disparus, ayant échoué à rallier cet îlot italien au large de la Tunisie.
Deux détenus de la prison de Milan ont assisté au concert dans la loge royale
Fait inédit, deux détenus de la prison de haute sécurité d’Opera près de Milan, maître d’oeuvre des « violons de la mer », ont suivi le concert depuis le « Palco Reale », la prestigieuse loge royale généralement réservée aux dignitaires de l’État.
« Être invité à la Scala pour quelque chose que nous avons créée, c’est magique », s’émerveille l’un d’eux, Claudio, 42 ans, costume noir et chemise blanche impeccables. Condamné à perpétuité pour double homicide, il est l’un des quatre apprentis luthiers de la prison.
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Sous leurs mains, les bois fissurés et imbibés de gazole des bateaux des migrants, destinés à la casse, se sont métamorphosés en violons, altos et violoncelles, en attendant que « l’Orchestre de la Mer », constitué pour la circonstance, leur insuffle une nouvelle vie.
Président de la Fondation Casa delle Arti e dello Spirito (Maison de l’Esprit et des Arts) et initiateur du projet, Arnoldo Mosca Mondadori, aspire à faire jouer les « violons de la mer » dans d’autres théâtres en Europe, « pour toucher l’âme des gens face au drame de la pauvreté ».
Philippe Gault (avec AFP)
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