Premier pianiste français à avoir remporté la médaille d’or du prestigieux Concours international Tchaïkovsky de Moscou en 2019, Alexandre Kantorow poursuit son partenariat fructueux avec le label Bis et avec Johannes Brahms à travers ce dernier volet de l’intégrale des sonates pour piano. Cet enregistrement a été réalisé dans l’écrin de La Chaux-de-Fonds, en Suisse.
La Première Sonate pour piano n’est en fait pas la première à avoir été composée par Brahms mais la première à avoir fait l’objet d’une publication. Le compositeur vient d’avoir 20 ans et une carrière prometteuse s’amorce, encouragée par son mentor Robert Schumann.
Ses quatre mouvements font apparaître une maîtrise déjà fort solide de la forme et les références aux dernières pièces de Beethoven s’y manifestent sans détours. Pour le pianiste, il s’agit d’un « diamant brut, difficile à tailler. Peu mélodique, elle exige un sens affûté des correspondances afin que chaque mouvement n’apparaisse pas comme un corps autonome, et il convient de rendre éloquente les reprises thématiques du Finale sur des rythmes différents. Le cœur de l’œuvre reste pour moi l’Andante, avec ce lied traditionnel dont Brahms note le texte – un geste rarissime chez lui -, et ces variations qui semblent jaillir du silence », confesse-t-il dans le dernier numéro de Diapason.
En contrepoint, le pianiste a choisi des œuvres de Schubert
Composée pour Emmanuel von Liebenberg, un riche amateur viennois élève de Hummel, la Fantaisie en ut majeur de Schubert devait offrir au commanditaire l’occasion de mettre en valeur tout l’éclat de son jeu. Schubert compose une œuvre délibérément virtuose, certainement la plus volontairement démonstrative de toute sa production pianistique… à telle enseigne que sa technique ne lui permettait pas de la jouer.
A lire aussi
Franz Liszt revendiquait l’existence de trois types de composition pianistique : les paraphrases, les transcriptions, les partitions originales. Si le premier type se mesure au degré de liberté et de virtuosité atteint, le deuxième se doit d’être fidèle au texte original, notamment sur le plan harmonique. Pourtant, les transcriptions de lieder de Franz Schubert se caractérisent avant tout par leur audace pianistique, quand Schubert privilégiait une expression austère et essentielle du poème mis en musique. L’interprétation magistrale d’Alexandre Kantorow concilie le geste romantique lisztien et la concentration narrative de l’original schubertien.
Brahms : Sonates pour piano n° 1. Schubert : Wanderer-Fantaisie. Schubert/Liszt : Lieder (Bis)
Jérémie Bigorie
Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.
Retrouvez l’actualité du Classique