Au début, les musiciens avaient cinq violons qu’ils prenaient tour à tour pour jouer. 30 ans plus tard, l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste (OSK), ensemble symphonique pionnier en Afrique, compte quelque 200 instrumentistes, un chœur et se produit à travers le monde. Un grand concert anniversaire marquera cet anniversaire à la fin du mois à Kinshasa (RDC).
Armand Diangienda, chef d’orchestre et musicien autodidacte aujourd’hui âgé de 60 ans, se destinait à une carrière de pilote d’avion. C’était compter sans son père, Joseph Diangienda, chef de l’Eglise kimbanguiste fondée en 1921 en République Démocratique du Congo par son propre père, le prophète autoproclamé Simon Kimbangu. Le chef d’orchestre est alors chargé de rallier des musiciens à l’Église autonome qui s’inspire, dans ce pays d’Afrique centrale majoritairement catholique, du christianisme importé par les missionnaires et revendique des millions de fidèles en RDC.
S’il y a toujours eu des musiciens dans les églises kimbanguistes, le 1er orchestre kimbanguiste du genre donne son premier concert en décembre 1994. Au départ, certains musiciens amateurs recrutés par l’orchestre ne savaient même pas déchiffrer une partition. Et l’équipe n’avait que peu de moyens. “Lorsqu’une corde se cassait, on la remplaçait par un câble de frein de vélo“, explique Armand Diangienda, ajoutant qu’avec le climat local chaud et humide, les instruments vieillissent souvent mal.
“La musique classique, les gens pensent que c’est pour les Européens“
“À l’époque c’était vraiment difficile“, se rappelle Pauleth Masssamba, 43 ans, parmi les premiers membres de l’orchestre. Elle se souvient des quelques instruments trouvés “même pas de bonne qualité“. Au départ, elle voulait être violoncelliste. Mais parce qu’elle a confondu les mots et pas très sûre de ce à quoi l’instrument qu’elle cherchait devait ressembler, elle s’est retrouvée avec un violon entre les mains. Après trente ans passés à travailler son violon, elle dit aujourd’hui emmener partout l’instrument qu’elle appelle son “petit chéri“.
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L’orchestre kimbanguiste, qui met à son répertoire les grands compositeurs classiques, s’est peu à peu trouvé un public au pays de la rumba. “La musique classique, les gens pensent que c’est pour les Européens“, estime Dauphine Mata, violoniste dans l’orchestre depuis une quinzaine d’années et qui se souvient avoir joué à une époque devant des publics plutôt restreints. Mais à force de se produire sur scène, “les gens apprécient“, se félicite-t-elle.
Aujourd’hui l’orchestre voyage et se produit régulièrement à l’étranger (à la Philharmonie de Paris en juin 2022) et une école supervisée par les Kimbanguistes a été ouverte à Kinshasa pour enseigner la musique aux plus jeunes.
Philippe Gault (avec AFP)
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