2 semaines après l’attaque terroriste du Hamas et alors que l’armée israélienne intensifie sa réplique sur Gaza, l’académie Barenboim-Saïd s’est produite à Berlin. Un concert sous le signe de l’émotion pour les jeunes musiciens arabes et israéliens de cette école unique.
Les notes des musiciens se sont envolées, harmonieuses et légères sur la scène de la salle Pierre Boulez à Berlin ce 23 octobre. Mais les jeunes virtuoses israéliens et arabes de l’académie Barenboim-Saïd avaient « le cœur lourd » et le conflit au Proche-Orient occupait leurs pensées.
« La situation a toujours été complexe mais c’est la plus grande épreuve depuis la création de l’académie en 2016 », confiait le violoniste Michael Barenboim, fils du chef d’orchestre Daniel Barenboim et doyen de cette école d’un genre unique, née du rêve de paix du maestro israélo-argentin et de l’intellectuel palestinien Edward Saïd, aujourd’hui décédé.
Les classes de l’académie comptent actuellement 80 étudiants : 17 Israéliens, 6 Palestiniens, des Égyptiens, des Libanais, des Iraniens, des Syriens, des Turcs, mais aussi un Allemand, un Norvégien et un Vénézuélien.
Les musiciens se sont enlacés à la fin du concert
Lors de ce concert à Berlin l’émotion était particulièrement palpable. Avant une minute de silence, le public avait reçu un court message des étudiants sur une feuille de papier : « Nous avons le cœur lourd et nos pensées sont ailleurs auprès de tous les gens touchés par la situation dévastatrice en Palestine et en Israël. Que la musique nous rapproche, qu’elle soigne une petite partie de nos cœurs. Nous ne pouvons rien faire d’autre que d’espérer la paix, la liberté et la sécurité ».
Après avoir interprété L’Idylle de Siegfried de Richard Wagner et deux symphonies de Serge Prokofiev et Ludwig van Beethoven, les jeunes musiciens se sont enlacés sous les yeux de Daniel Barenboim, âgé de 80 ans, qui ne dirige plus que de rares concerts en raison de son état de santé, mais était ce soir-là au pupitre.
L’offre de soutien psychologique a été augmentée depuis le début de la crise
« C’est dur, tout le monde est affecté. L’atmosphère est lourde », a confié à l’issue du concert, un Palestinien de 19 ans, qui préfère taire son nom et étudie depuis deux ans dans cette institution. Originaire de Cisjordanie, sa famille a des amis à Gaza. Depuis le début du conflit, l’école a augmenté l’offre de soutien psychologique via des thérapeutes et mis en place des lignes téléphoniques en hébreu et arabe.
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Michael Barenboim rêverait de voir l’académie se produire dans tous les pays du Proche-Orient d’où sont originaires ces jeunes élèves musiciens. » C’est un rêve dont on est très loin je ne sais pas si je vivrai ce moment » a déclaré le violoniste. « En ce moment, on ne peut jouer dans aucun pays à part la Turquie, à cause des passeports et de la pression ».
Philippe Gault (avec AFP)