L’Orchestre national du Capitole de Toulouse accueille des patients en psychiatrie lors de ses répétitions et inspire d’autres ensembles

FRED SCHEIBER/SIPA

Pour rompre le cercle vicieux de l’isolement et de l’autostigmatisation, une vingtaine de patients en psychiatrie, atteints de dépression ou de troubles bipolaires, schizophréniques ou de la personnalité, assistent aux répétitions de l’orchestre de Toulouse dans le cadre du projet Résonance(s) qui, après trois années, essaime dans toute la France.

Le projet est né en 2023 d’un partenariat entre l’Orchestre national du Capitole de Toulouse (ONCT) et plusieurs institutions de santé mentale de la région. Son objectif, face à des pathologies susceptibles d’enfermer les malades dans un regard négatif sur eux-mêmes, est de leur permettre d’assister à quatre répétitions par an pour enclencher une dynamique de retour vers l’autre et de favoriser leur rétablissement.

Ainsi le 10 février, environ 25 patients de cliniques et hôpitaux de jour, accompagnés de leurs soignants, ont été accueillis par petits groupes dans la spectaculaire salle de concert toulousaine de la Halle aux grains. Face à eux, les musiciens s’apprêtent à travailler trois mouvements de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz et des morceaux de Giuseppe Verdi et Ottorino Respighi, sous la, direction de Michele Spotti.

Le choix d’assister aux répétitions plutôt qu’aux concerts n’est pas un hasard: voir les musiciens vêtus de T-shirts et sweats à capuche, comme eux, aide les patients à s’identifier. Pendant deux heures, les malades, adultes de tous âges, ont écouté attentivement, prenant parfois des notes.

« je suis arrivée très tendue à la répétition. J’ai été emportée par l’émotion »

Après la répétition, le protocole prévoit un temps d’échange avec des membres de l’orchestre. Patients comme soignants ont montré beaucoup de curiosité à l’égard des musiciens présents, l’altiste Claire Pélissier et le hautboïste Serge Krichewsky. Puis la discussion s’est attardée sur le troisième mouvement de la Symphonie fantastique, qui s’ouvre sur un dialogue plein de mélancolie entre hautbois et cor anglais.

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« A partir du moment où vous avez joué le troisième mouvement, j’ai beaucoup pleuré », a confié une patiente aux instrumentistes. « Ça m’a permis de lâcher beaucoup d’émotions, je suis arrivée très tendue (à la répétition). J’ai été emportée par l’émotion ».

Rompre avec l’isolement

La psychiatre Nathalie Bounhoure, à l’origine du projet, spécialiste de réhabilitation psychosociale, a voulu inscrire le projet Résonance(s) dans ce champ de la psychiatrie, qui tente d’aider les patients « à se décaler du fardeau du diagnostic » et « se retrouver en tant que personnes ». « Les personnes malades sont très isolées dans ce qu’elles éprouvent », déplore la thérapeute. Or « c’est très important de pouvoir éprouver la même chose que l’autre ». Participer à un projet de groupe dans un domaine, la musique, porteur d’un grand potentiel de « synchronicité émotionnelle », peut donc « les aider à se reconnecter dans la relation à autrui ». souligne-t-elle.

Le succès des premières sessions a conduit plusieurs orchestres, de la Philharmonie de Paris, de Limoges et de Rouen, à rallier le projet en janvier 2026, et d’autres ensembles musicaux à Caen, Metz et Bordeaux, ainsi que celui de Radio France, doivent se lancer en septembre, indique Nathalie Bounhoure.

Philippe Gault (avec AFP)

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