Le pianiste Lucas Debargue remet en cause la notion de « musique classique » et dénonce l’influence néfaste de la critique

Crédit : Bernard Debargue

Lucas Debargue s’interroge sur le concept de « musique classique ». Dans un texte publié sur Facebook et sur son site, le pianiste s’en prend à la critique qui, selon lui, bride la créativité des musiciens classiques et encense certaines « légendes » au détriment de nouveaux talents qui s’écartent des normes.

Le texte publié par Lucas Debargue sur son compte Facebook tient plus d’une réflexion personnelle sur l’évolution de la musique classique et de la manière dont elle est perçue notamment par les critiques. Le jeune pianiste français prévient d’ailleurs, en préambule de son propos, que « Ce texte est une critique en soi : il utilise à bien des égards des outils courants qu’il dénonce ici et là. C’est en quelque sorte mon propre exorcisme ».

C’est après une série de concerts en Allemagne, à l’issue de laquelle les musiciens de l’orchestre ont été surpris de l’entendre improviser différemment chaque soir (pendant et après l’interprétation de Rhapsody in Blue de George Gershwin) que Lucas Debargue dit avoir été amené à réfléchir à l’idéologie et à la pratique de la musique classique qui est, selon lui « Un concept marketing récent qui tente désespérément de contenir des siècles de pratiques musicales diverses, dont la plupart ont un point commun essentiel : elles sont écrites ».

Lucas Debargue : « Les interprètes ne sont plus des créateurs, mais des ingénieurs athlétiques »

Pour Lucas Debargue : « le terme classique rebute la plupart des gens, car il évoque un ordre rigide et figé et, qu’on le veuille ou non, il est associé au préfixe intimidant de classe (…) Composer ou improviser est très éloigné de la formation habituelle de l’interprète, qui ne poursuit que deux objectifs : la maîtrise technique de l’instrument et la capacité à jouer la partition correctement. Il devient alors évident que les interprètes ne sont plus des créateurs, mais des ingénieurs athlétiques ».

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Cette valorisation de la perfection technique est, pour le pianiste, un aspect que les critiques mettent avant tout en avant et qui leur donne donc un rôle néfaste en perpétuant une vision figée de la musique classique. Lucas Debargue dénonce également l’hypocrisie de cette critique qui glorifie « généralement aveuglément certaines légendes élues », tout en rejetant les nouveaux talents qui s’écartent des normes.

« Entendre moi-même le rire de la musique aussi souvent que possible »

Pour sortir de l’élitisme qu’il dénonce, Lucas Debargue prône un retour à une pratique musicale plus libre, où les musiciens pourraient se permettre d’improviser, de composer, et d’expérimenter. En conclusion de son texte, le musicien écrit : « Je ressens un fort désir de me libérer de tout ce qui relève de cette idéologie, car je perçois à quel point elle nuit à la musique. L’une des rares choses que je désire le plus est d’entendre moi-même le rire de la musique aussi souvent que possible, et de le répandre en jouant, en improvisant et en parlant partout où je le peux ».

Une liberté de jeu dont Lucas Debargue fera profiter les spectateurs lors de ses prochaines représentations en France, le 8 janvier à L’Opéra National de Bordeaux et le 9 au Théâtre de l’Odyssée de Périgueux. Des concerts au cours desquels il interprétera (et improvisera sur) des œuvres de Maurice Ravel et George Gershwin.

Philippe Gault

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