La musique classique face aux réseaux sociaux : la mezzo Elina Garanca s’inquiète de l’impatience liée au numérique

Andy Kropa/AP/SIPA

La célèbre mezzo-soprano lettonne Elina Garanca dénonce les médias numériques qui réduisent la capacité d’attention des gens, pesant aussi sur la façon d’appréhender la musique classique. Dans un entretien à l’Agence France Presse, elle juge « irritant » cet impact sur la société et espère le voir s’inverser un jour.

Durant sa longue carrière, Elina Garanca a pu observer de près les hauts et les bas de l’industrie musicale. Mais ce qui la bouleverse le plus, c’est l’avènement des réseaux sociaux, qui rendent tout le monde « impatient ».

« Aujourd’hui, les apprentis chanteurs sont propulsés avec une exposition maximale sans aucune expérience, ce que je trouve très cruel », a expliqué la chanteuse en marge du gala d’ouverture de la saison du Staatsoper de Vienne où elle s’est produite aux côtés notamment de Sandra Hamaoui, Jonas Kaufmann et Benjamin Bernheim.

« On préfère une série de 45 minutes sur Netflix »

« Les gens du métier n’y connaissent plus rien, la plupart des chefs d’orchestre ne savent pas quoi faire de nos voix et personne ne prend le temps de soutenir les personnes en début de carrière », selon elle. Elles doivent donc se montrer « très solides mentalement pour protéger leur voix, leur personnalité et leur stabilité émotionnelle », estime la chanteuse lettonne.

« Le monde a changé, aujourd’hui on préfère une série de 45 minutes sur Netflix, pour pouvoir passer à autre chose, plutôt que de regarder un long-métrage », poursuit-elle. « Les gens sont submergés d’informations, alors s’asseoir sans son téléphone et se concentrer pendant une heure et demie constitue un effort énorme, sur le plan émotionnel et intellectuel », déplore-t-elle.

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Interrogée sur l’avenir, la chanteuse de 48 ans s’estime privilégiée de pouvoir toujours se produire et n’a pas encore décidé d’un calendrier pour s’éloigner de la scène, mais elle a commencé à enseigner davantage pour transmettre à la prochaine génération. « Ce n’est pas une question de savoir si je veux ou non, je devrai le faire à un moment donné. J’essaie juste de trouver la meilleure manière de le faire et le bon moment », explique-t-elle.

Avant d’admettre sans détour : « Être constamment devant un public, devant des caméras, en live, cela représente une certaine dose de stress. Et à un moment donné, on n’a tout simplement plus envie de supporter cela ».

Philippe Gault (avec AFP)

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