Dans un entretien accordé à un site spécialisé allemand, Sir András Schiff aborde plusieurs sujets de son actualité. Il évoque sa décision de ne plus jouer aux Etats-Unis, sa passion pour l’œuvre de Robert Schumann, et donne son avis sur la présence des pianos Steinway dans les salles de concerts.
C’est une parole qui porte dans le monde de la musique classique. Le pianiste hongrois András Schiff n’a pas mâché ses mots au sujet du monopole de Steinway sur les pianos joués dans les grandes salles. Il s’est exprimé dans la presse à l’occasion d’un prochain concert.
Le dimanche 18 mai, un concert consacré à Robert Schumann sera donné dans le prestigieux Hercules Hall du palais de la Résidence de Munich. Au clavier, András Schiff y dirigera l’orchestre du Siècle des Lumières qui a la particularité de choisir ses chefs d’orchestre et de jouer sur des instruments d’époque.
À cette occasion, c’est au piano-forte que le pianiste hongrois interprétera les Concertos pour piano et orchestre op. 54 et Op. 134 de Schumann. Dans l’entretien qu’il a accordé au site allemand BR Klassik, András Schiff en a profité pour dire combien il se désole de constater que « l’univers de la musique pour piano est devenu très unilatéral, ou pour le dire franchement, mondialisé », faisant référence à la marque Steinway qui « domine le monde du piano ».
András Schiff cite d’autres marques, comme Bechstein, Bossendörfer, Fazioli ou Yamaha
Si Sir András Schiff admet que Steinway propose de « merveilleux pianos à queue », il constate avec dépit que « le public et les pianistes ont accepté, presque sans un mot, que peu importe où, et peu importe le compositeur, la musique pour piano est jouée sur un Steinway », alors qu’il y a aussi des « Bechstein, Bossendörfer, Fazioli ou Yamaha ou d’autres, quel que soit leur nom ».
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Le pianiste rappelle qu’ « à l’époque de Mozart, Beethoven et Schubert, il y avait plus de 100 ou 200 facteurs de pianos travaillant à Vienne seulement et tous les instruments étaient complètement différents (…) Les anciens instruments ne sont pas aussi équilibrés que les pianos modernes. Ils ont au moins trois registres différents : grave, médium et aigu, et les basses sont beaucoup plus claires, beaucoup plus transparentes, car les cordes graves n’étaient pas aussi épaisses et puissantes que sur un Steinway ».
Et András Schiff de conclure : « N’oublions pas que tous ces compositeurs antérieurs n’ont pas composé pour le Steinway moderne. Ils avaient cette esthétique sonore des registres ». Il est néanmoins important de préciser que, depuis des années, András Schiff se produit en concert sur son propre Bösendorfer 280VC rouge.
Philippe Gault
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