Guerre en Ukraine : Les artistes russes jugés proches de Poutine devenus des parias en occident

Gil Zetbase / Wikimedia commons

Anna Netrebko, Boris Berezovsky, Aida Garifullina… Qu’ils se soient exprimés ou pas sur la guerre en Ukraine, la situation des artistes russes, notamment les chanteuses et chanteurs, considérés comme proches du pouvoir, est complexe. Certains ont été écartés de grandes institutions internationale et ne chantent plus qu’en Russie quand d’autres peuvent continuer à se produire à l’étranger.

Aida Garifullina écartée du Met Opera

Le cas d’Anna Netrebko est certainement le plus révélateur de cette complexité. Dans un premier temps son silence sur la guerre en Ukraine a entraîné l’annulation de sa participation à certaines représentations à l’étranger, notamment au Met Opera de New York. Quelques semaines plus tard, alors qu’elle a condamné « clairement » la guerre en Ukraine, la soprano russe se retrouve bannie en Russie, remplacée à l’Opéra de Novossibirsk et qualifiée de traîtresse par le président de la Douma tandis que la direction du Met estime que son soutien au peuple ukrainien n’est « pas suffisant » pour envisager un retour.

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Le pianiste Boris Berezovsky a quant à lui vu ses dates de concert annulées en Europe après ses déclarations à la télévision russe, suggérant de « couper l’électricité à Kiev », propos sur lesquels il est revenu par la suite. Un autre cas a retenu l’attention de l’opinion publique, celui du très jeune pianiste russe Alexander Malofeev. Âgé de 20 ans, et n’ayant pourtant pas exprimé de soutien à la politique russe, il a fait face à une série d’annulations, notamment au Canada. Dernière « victime » en date, Aida Garifullina, remplacée au Met Opera dans Les Noces de Figaro de WA Mozart qui se joue jusqu’à fin avril. La soprano russe, star des réseaux sociaux (1,4 millions d’abonnés sur Instagram), ne s’est pourtant jamais officiellement prononcée sur le conflit en Ukraine mais doit peut-être sa disgrâce pour avoir chanté La Traviata de Giuseppe Verdi au début du mois de mars au Théâtre du Bolchoï.

Hibla Gerzmava également déprogrammée à New York 

Le Met a également écarté Hibla Gerzmava du programme de sa saison 2022/2023, alors qu’elle devait chanter dans Tosca de Giacomo Puccini. La soprano abkhaze, d’origine russe, est considérée comme proche du Kremlin. Nommée artiste émérite de la Fédération de Russie par Vladimir Poutine, elle avait co-signé en 2014 une lettre ouverte en faveur de l’annexion de la Crimée. Elle sera remplacée à New-York par la soprano ukrainienne Liudmyla Monastryska.

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Qu’en sera-t-il des artistes lyriques qui continuent de chanter en Russie, sans pour autant prendre parti pour ou contre la guerre en Ukraine ou la politique du Kremlin ? Cette semaine par exemple, Valery Gergiev, banni des plus grandes institutions étrangères, dirige au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg 3 opéras qui réunissent quelques unes des plus grandes voix de la scène lyrique russe (ou biélorusse) comme Ekaterina Semenchuk et Alexey Markov (dans Les Troyens d’Hector Belioz), Roman Burdenko (Il trovatore) ou encore Sergei Skorokhodov, Alexei Markov, Ildar Abdrazakov et Sergei Aleksashkin (Don Carlo de Verdi).

Philippe Gault

 

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