Fuocoammare, la mer brûle

Vainqueur de l’Ours d’Or au festival de Berlin, Fuocoammare de l’Italien de Gianfranco Rosi s’inscrit dans la tendance du moment dans les récompenses de films : l’engagement. C’est le sujet de l’immigration en Europe qui est au cœur de ce film en structure binaire.

On se souvient, il y a quelques années de cela, du film poignant sur l’immigration en Italie, Terraferma. Plus récemment, la réalisatrice Nathalie Loubeyre nous livre un film illustrant les dures conditions de vie (et de mort) de tous ces migrants qui souhaitent rentre au sein de l’Union Européenne, La Mécanique des Flux. Dans cette actualité brûlante, au cœur des débats politiques, le film de Gianfranco Rosi vient s’immiscer. Discret, mais percutant.
Pendant 1h54, on suit un jeune garçon de Lampedusa dans ses aventures quotidiennes : passionné de tir au lance-pierre, il se balade dans les bosquets arides de l’île. Visite chez le médecin, dîner en famille, on rentre dans sa monotonie quotidienne. Une vie calme (peu de dialogues) qui détonne avec celle des migrants. A l’environnement aseptisé du jeune garçon s’oppose celle des milliers de réfugiés qui font enfler et craquer les barques de fortunes empruntées pour leur traversée périlleuse (voire mortelle) de la Méditerranée. Les deux parcours se superposent, s’intercalent, sans jamais véritablement se croiser. C’est sans doute l’un des reproches que l’on pourrait faire à ce film : il n’y a pas une rencontre entre le petit garçon et les immigrants, ce qui peut troubler la compréhension exhaustive du film. Chacun est laissé à son sort de façon presque métonymique : le Sud ne rencontrera pas le Nord. Le film peut sembler sec et peu avenant mais l’œil averti y décèle des subtilités dramatiques pertinentes : l’enfant, blessé à l’œil doit porter un bandeau pendant une bonne partie du film, une façon de nous montrer l’étroitesse de notre champ de vision.
On sort de ce film non plus informé (ce n’est pas un documentaire à proprement parler) mais plus humain, c’est une certitude.