La revue de presse… L’heure de l’union… Mais l’union ne se conjugue pas sur un mode unique en ce jour d’hommage national !
La figure du héros est de retour avec le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, mise en avant en ce matin particulier par nombre de journaux (Libération, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Télégramme…)
Bravoure, dévouement, courage, don de soi (une notion ressuscitée), vertu citoyenne…
Le gendarme permet à la nation de s’incarner.
Union nationale, ou plutôt union populaire, mais pas d’union sacrée qui avait gagné le pays après les attentats de janvier 2015, note Le Figaro : l’union sacrée n’est plus qu’un lointain souvenir…
On l’a bien vu hier à l’Assemblée nationale…
Là même où les députés avaient à l’unisson chanté La Marseillaise le 13 janvier 2015 après les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, comme le rappelle Le Monde, la tension entre groupes politiques a été vive hier.
La droite, par la voix de Laurent Wauquiez, continue ce matin dans Le Parisien de critiquer l’action du gouvernement face au terrorisme. « Il cogne fort », dit le journal. « Le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Arnaud Beltrame, c’est d’agir », avance le président des Républicains qui reproche à Emmanuel Macron de ne pas vouloir lutter contre le communautarisme…
Le combat, selon une partie de la presse, est celui de nous tous, individuellement…
Le geste ultime du gendarme rassemble toutes les personnes de bonne volonté, quelle que soit leur culture, leur religion, écrit dans Ouest-France Jeanne-Emmanuelle Hutin. « Son don ultime nous tire de la résignation ».
Concrètement ?
Ecoutons Riss de Charlie Hebdo, pour qui c’est (aussi) sur le plan des idées (notre conception de la démocratie, le rationalisme, la laïcité…) qu’il faut se battre plus que jamais. « Pour ce combat, il n’existe pas de GIGN, pas de Raid, écrit Riss. Pour ce combat, le GIGN, c’est nous, c’est chacun d’entre nous qui, dans sa vie quotidienne, doit refuser devant le chantage et l’intimidation ».
Belle déclaration d’intention, mais difficile à mettre en application pour la partie des Français la plus exposée au « séparatisme islamiste », c’est-à-dire vivant dans les nombreuses cités françaises où les habitants se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. Désemparés face à la montée de la violence, de la délinquance et de la radicalisation religieuse, que pointe dans une longue analyse sur le site du Figaro Jérôme Fourquet, de l’Ifop.
Chose assez incroyable, cette journée d’hommage est double : l’hommage aux Invalides, et la marche blanche à la mémoire de Mireille Knoll !…
Le lien est évident pour Le Figaro. Dans la foulée de l’analyse par Jérôme Fourquet des dérives à l’œuvre dans certains quartiers, ce journal dénonce « la haine antijuive qui règne, depuis longtemps, dans beaucoup de mosquées, d’établissements scolaires. Sur ce front aussi, il est urgent d’ouvrir les yeux »
Autour de cette marche blanche, les polémiques politiques ne sont pas non plus chassées… Le Front national et Les Insoumis sont jugés indésirables par le CRIF à l’hommage à l’octogénaire juive assassinée à Paris…
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon rejetés, regret pour ce dernier de L’Humanité pour qui le CRIF se livre -je cite- à « une basse opération » en assimilant à de l’antisémitisme les campagnes de boycott d’Israël…
Je citerai pour conclure ce long chapitre sur cette journée si particulière deux points de vue…
L’hommage de ce matin. L’occasion (selon La République des Pyrénées), l’occasion pour notre pays et pour nous tous de nous ressourcer aux valeurs les plus hautes ; le silence, le respect et la gratitude doivent être au rendez-vous.
La marche blanche ce soir. Elle ne doit pas être seulement un beau moment de fraternité républicaine. Il est vital, pour la cohésion du pays, qu’elle marque le départ d’une reconquête durable de notre idéal démocratique et laïque (Le Républicain lorrain)
Un visage rayonnant (qui nous ramène à une période sans doute plus paisible) : celui de Stéphane Audran, disparue hier à l’âge de 85 ans…
L’égérie et l’épouse de Claude Chabrol pendant 20 ans, c’était la « classe bourgeoise », dit Le Figaro.
Ses rôles de femme du monde séductrice et distante, égratignant la bourgeoisie, ou campant simplement la bourgeoisie, relevaient, selon son mot, de son « cycle pompidolien ».
Stéphane Audran disait : « J’aime autant interpréter des bourgeoises qui tiennent le coup… plutôt que mal jouer les soubrettes sous prétexte de changer de registre ».
Son portrait savoureux dans Le Figaro et dans Libération… qui raconte la rencontre avec Chabrol, dans sa café rue de Washington à Paris où ce dernier joue au flipper, en 1958.
« Sans cesser de jouer, il m’a dit qu’il avait quelque chose pour moi… »
Ce fut… une seule réplique dans Les Cousins. Mais le début d’une collaboration qui allait s’étirer sur 23 films et 4 décennies.
Michel Grossiord