La revue de presse… avec des mots qui apaisent, d’autres qui effraient…
Des mots qui apaisent, et rassurent par leur dimension humaine ? Ceux prononcés par les membres de la famille d’Arnaud Beltrame… On a entendu la mère du lieutenant-colonel de gendarmerie qui a fait le sacrifice de sa vie, son frère aussi…
Son épouse se confie à La Vie. « Arnaud était animé de très hautes valeurs morales, des valeurs de service, de générosité, de don de soi, d’abnégation », raconte Marielle. « Mais on ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi : c’est le geste d’un gendarme et le geste d’un chrétien. On ne peut pas séparer l’un de l’autre »…
Marielle et Arnaud Beltrame se préparaient à un mariage religieux en Bretagne…
Parallèlement, la presse rapporte des mots qui effraient…
Ceux par exemple prononcés par la petite amie du tueur de Carcassonne et Trèbes. Jeune convertie de 18 ans, elle-même fichée S, elle a crié « Allah akbar » au moment de son interpellation…
Elle avait posté le matin de l’attaque, à 5 heures, « une sourate promettant l’enfer aux mécréants », a rapporté le procureur de Paris François Molins.
« Mécréants », « impurs » : ces mots haineux, notamment à l’encontre des juifs, ont aussi été prononcés par un imam salafiste algérien installé à Marseille : la procédure d’expulsion est engagée…
Sale contexte (attentats, prêches radicaux) dans lequel le caractère antisémite de l’assassinat d’une octogénaire parisienne a été retenu, Mireille Knoll, rescapée de la Shoah, ce qui alourdit encore la charge émotionnelle (articles dans Le Parisien, Le Figaro, La Croix… et dans la presse internationale : Le New York Times : que se passe-t-il en France ?)
Que faire ? La question divise la presse.
Les journaux, dans leur ensemble, manifestent une grande virulence contre la droite et l’extrême-droite (plus grand-chose ne sépare Laurent Wauquiez et Marine Le Pen) qui réclament de nouvelles mesures de fermeté notamment à l’encontre des fichés S. Mesures qui se heurtent à des obstacles juridiques notamment et dont l’efficacité serait loin d’être garantie.
La presse déplore des polémiques stériles et dénonce des manœuvres de récupération politique : il serait préférable de faire bloc, pour L’Est Eclair. L’emportement ne produit rien de bon, pour Le Midi Libre. Les Dernières nouvelles d’Alsace dénoncent une petite musique insupportable….
Libération charge la droite et lance à la Une : De qui se fiche-t-elle en versant de nouveau dans la surenchère sécuritaire, quitte à tomber dans le simplisme ?
Le Monde n’est pas en reste, et se dit confondu par le cynisme ou le simplisme de la droite et de l’extrême – droite…
La droite dans le viseur, mais pas que : Manuel Valls défend des mesures telles que l’interdiction du salafisme et la rétention administrative des fichés S les plus dangereux… ce qui lui vaut en retour des critiques acerbes de certains membres de la majorité. Un poids lourd du groupe La République en marche présente dans Le Figaro l’ancien premier ministre comme « le cow boy d’une laïcité intégriste ».
La députée de la Manche Sonia Krimi déclare : « Quand je l’entends, la définition de la folie d’Einstein me vient à l’esprit : refaire toujours la même chose, et attendre des résultats différents »…
Manuel Valls a aussi mauvaise presse que Laurent Wauquiez et Marine Le Pen.
Il n’y a vraiment personne pour prêter une oreille plus attentive à la demande de plus de fermeté ?
Si, Le Figaro. Certes, reconnaît Yves Thréard, certains reproches adressés par la droite sont excessifs ou opportunistes. Mais d’autres sont justifiés et constructifs : pourquoi ne pas créer de nouvelles infractions pour condamner les comportements antifrançais et les appels au djihad ? « Notre pays doit lancer une vaste opération d’éradication du salafisme ».
Sur le combat contre le salafisme, même s’il est impossible d’interdire une idéologie ou une conviction, deux journaux soulignent avec force qu’il faut poursuivre le combat de longue haleine : La Croix et L’Opinion.
La Croix donne raison à Manuel Valls d’appeler à regarder en face l’extrémisme religieux qui s’exprime aujourd’hui sous la forme du salafisme : il faut interdire ou sanctionner tout ce qui enfreint les lois de la République, contrer les appels à la violence, assurer l’égale dignité des hommes et des femmes. Ce travail doit se poursuivre.
Un chiffre dans L’Opinion : sur 2.500 mosquées, une centaine serait salafistes, un courant qui s’oppose par essence à la laïcité et à la démocratie.
Emmanuel Macron pourrait-il annoncer de nouvelles mesures ?
Son hommage à Arnaud Beltrame demain aux Invalides pourrait l’amener à prononcer des paroles pour rassurer l’opinion, si j’en crois Cécile Cornudet des Echos qui glisse dans sa chronique : « Emmanuel Macron réfléchirait à améliorer le suivi et la filature des personnes fichées S et à expulser davantage les plus dangereux ».
Ces fichés S dont le suivi est un casse-tête, titre Le Parisien.
Michel Grossiord